
Le jour où Thomas Mesereau mit fin à la présence de Brian Oxman dans l’équipe de défense, le procès sembla momentanément passer au second plan. Oxman, conseiller juridique de longue date de la famille Jackson, était devenu une présence étrange au tribunal : souvent aperçu les yeux fermés, il donnait l’impression d’être détaché d’une bataille judiciaire pourtant capitale. Aux yeux de Mesereau, il ne contribuait pas à la stratégie de défense. Pire : il risquait de lui nuire.
Le 21 avril 2005, Mesereau déposa devant la Cour un avis officiel de rupture d’association. Sur le parking du tribunal, les photographes captèrent une scène tendue : Mesereau pointant du doigt Oxman, visiblement excédé. Malgré la décision formelle, Oxman tenta encore de rejoindre la table de la défense dans la salle d’audience. Il fut immédiatement escorté vers la sortie par un huissier. La séquence fit les délices des tabloïds.
Jusqu’alors, le rôle d’Oxman était resté marginal. Les témoins étaient principalement interrogés par Tom Mesereau et Robert Sanger, avec un travail décisif de Susan Yu aux côtés de la défense. Mesereau portait l’essentiel du procès sur ses épaules. Dans la salle, beaucoup avaient le sentiment que Michael Jackson aurait préféré que l’affaire soit menée par ce trio resserré : Mesereau, Sanger et Yu, sans les satellites familiaux ni les avocats de façade.
Mesereau expliquera plus tard avoir tenté d’éviter une humiliation publique à Brian Oxman. Selon lui, l’avocat avait été prévenu qu’un avis de rupture serait déposé et qu’il devait se tenir à l’écart du tribunal. Oxman, en revenant malgré tout, offrit aux médias une scène inutile. Pour Mesereau, cela confirmait ce qu’il redoutait : certains gravitant autour de la famille Jackson ne savaient pas renoncer à la lumière, même lorsque la liberté de Michael était en jeu.
Dans ce contexte déjà tendu, Debbie Rowe apparut comme l’un des témoins les plus inattendus du procès. Ancienne épouse de Michael Jackson, mère de Prince et Paris, elle était appelée par l’accusation. À première vue, son témoignage pouvait sembler dangereux pour la défense. Elle avait coopéré avec les shérifs de Santa Barbara, accepté de passer des appels téléphoniques enregistrés à certains collaborateurs de Michael et participé à l’enquête sur la vidéo de réponse tournée après le documentaire de Martin Bashir.
Mais son passage à la barre prit rapidement une tournure bien différente de celle espérée par l’accusation.
Debbie Rowe parla d’abord de sa participation au droit de réponse vidéo. Elle expliqua que Ian Drew, l’homme chargé de l’interview, avait préparé une longue série de questions. Elle assura que ses réponses avaient été spontanées et honnêtes. Elle reconnut seulement avoir menti sur un point : lorsqu’elle avait déclaré faire encore partie de la famille de Michael. Selon elle, cette phrase visait à protéger les enfants et à éviter certaines questions médiatiques.
Elle raconta avoir accepté l’interview avec enthousiasme. Elle voulait répondre aux attaques provoquées par le documentaire de Bashir, qu’elle jugeait négatif, déformé et fondé sur une incompréhension profonde de Michael Jackson. Elle espérait aussi que sa coopération lui permettrait de revoir ses enfants, qu’elle n’avait pas vus depuis deux ans, et peut-être même de renouer une relation avec Michael.
Debbie Rowe expliqua qu’on lui avait promis une visite à Neverland, mais que celle-ci n’avait jamais eu lieu. Après des mois d’appels, de promesses et d’attente, elle avait fini par saisir le tribunal des affaires familiales afin de restaurer ses droits parentaux. Mesereau tenta de qualifier cette situation de différend avec Michael Jackson, mais Rowe refusa presque ce mot. Elle ne voulait pas paraître hostile à son ex-mari. À la barre, ses regards vers lui étaient remplis de regret, de tendresse et d’une forme de douleur.
Elle reconnut avoir accepté d’appeler Marc Shaffel, Ian Drew et Dieter Wiesner à la demande des enquêteurs, en sachant que les conversations seraient enregistrées. Ces hommes avaient participé à la préparation de la vidéo de réponse. Mais au lieu d’établir un lien direct entre Michael Jackson et une quelconque conspiration, le témoignage de Debbie Rowe fit apparaître autre chose : un entourage opaque, opportuniste, parfois manipulateur, agissant souvent sans que Michael soit pleinement informé.
Mesereau comprit immédiatement l’intérêt de ce témoignage. Il orienta ses questions vers la méfiance de Debbie Rowe envers les associés de Jackson. Elle admit n’avoir jamais fait confiance à Marc Shaffel, Dieter Wiesner ou Ronald Konitzer. Selon elle, ces hommes travaillaient ensemble pour exploiter le nom de Michael Jackson et tirer profit de la crise provoquée par le documentaire de Bashir.
Elle déclara que Shaffel cherchait constamment à profiter de Michael. Elle pensait qu’il le manipulait pour gagner de l’argent. Elle affirma également que Dieter et Konitzer agissaient dans le même esprit. À ses yeux, ces trois hommes formaient un groupe d’opportunistes ayant compris que le chaos médiatique autour de Jackson pouvait devenir une source de revenus.
Ce point était crucial pour la défense. L’accusation voulait démontrer que Michael Jackson avait participé à un complot avec ses associés. Debbie Rowe, témoin appelée par l’accusation, expliquait au contraire que ces hommes pouvaient agir dans leur propre intérêt, parfois sans consulter Michael, parfois en le tenant à distance.
Rowe déclara que, depuis longtemps, Jackson était souvent déconnecté des décisions prises par ceux qui géraient ses affaires. Les responsables autour de lui prenaient des décisions en son nom, parfois sans lui demander son avis. Selon elle, c’était précisément ce qui s’était produit avec Shaffel, Dieter et Konitzer. Cette phrase affaiblissait considérablement la thèse d’un Michael Jackson maître d’œuvre d’une conspiration.
Plus Mesereau l’interrogeait, plus Debbie Rowe semblait émue. Elle confirma que ses propos positifs dans la vidéo de réponse étaient sincères. Elle n’avait pas été payée pour cette interview. Elle l’avait faite parce qu’elle estimait que Bashir avait donné de Michael une image injuste. Elle voulait rétablir quelque chose.
Elle répéta plusieurs éléments essentiels devant le jury : Michael était un bon père. Michael avait le sens de la famille. Michael comptait encore pour elle. Elle rappela qu’au moment du divorce, elle lui avait laissé la garde exclusive des enfants. En parlant de lui, ses yeux se remplissaient de larmes. Elle semblait à la fois blessée, nostalgique et incapable de couper le lien affectif qui l’unissait encore à lui.
Michael Jackson, lui, demeurait distant. Il ignorait presque ses regards. Cette froideur disait aussi quelque chose. Même si Debbie Rowe parlait favorablement de lui, elle témoignait pour l’accusation. Elle avait coopéré avec les enquêteurs dans un procès criminel susceptible de l’envoyer en prison. Pour Jackson, cette loyauté tardive ne suffisait peut-être pas à effacer la blessure.
Rowe expliqua également avoir été inquiète au sujet des hommes qui entouraient Michael en 2003. Elle avait tenté de joindre son ancien patron, le docteur Arnold Klein, pour établir un contact direct avec Jackson, car elle ne savait pas si ses associés étaient honnêtes avec elle. Elle avait le sentiment qu’ils se servaient d’elle.
Mesereau l’interrogea alors sur Marc Shaffel. Debbie Rowe déclara que Shaffel lui avait parlé d’argent, de millions, de revenus liés à la vidéo de réponse. Il lui aurait expliqué qu’une partie de l’argent gagné servait à rembourser une dette que Michael Jackson aurait envers lui. Rowe ne croyait pas à ses justifications. Elle voyait surtout un homme se vantant d’avoir transformé une crise en opportunité commerciale.
Elle qualifia les associés de Michael de menteurs, puis de « vautours opportunistes ». Selon elle, Shaffel, Dieter et Konitzer avaient prétendu vouloir régler les problèmes liés au documentaire de Bashir, tout en cherchant à en tirer profit. Cette accusation, venue d’un témoin de l’accusation, tombait exactement dans la logique de la défense : Michael Jackson était entouré de gens qui utilisaient son nom, exploitaient ses crises, prenaient des décisions autour de lui, et pouvaient ensuite laisser croire qu’il en était l’instigateur.
Le témoignage de Debbie Rowe eut donc un effet paradoxal. L’accusation l’avait appelée pour renforcer la théorie du complot. Elle contribua plutôt à la détruire. Elle ne présenta pas Michael comme un homme dangereux ou calculateur, mais comme un père aimant, vulnérable, entouré d’associés qu’elle jugeait peu fiables. Elle ne décrivit pas un chef d’orchestre criminel, mais un homme souvent éloigné des décisions prises en son nom.
À travers ses mots, le jury entrevoyait un Michael Jackson de plus en plus isolé. Un artiste mondialement célèbre, mais dépendant d’un entourage opaque. Un homme capable d’inspirer encore de la tendresse à son ex-épouse, mais incapable de savoir exactement qui, autour de lui, agissait par loyauté, par intérêt ou par opportunisme.
En quittant la barre, Debbie Rowe n’avait pas livré le témoignage destructeur que l’accusation pouvait espérer. Elle avait révélé autre chose : la solitude de Michael Jackson au milieu de ceux qui prétendaient le protéger. Et, peut-être plus encore, la facilité avec laquelle sa vie, son image, sa crise médiatique et jusqu’à ses enfants pouvaient devenir les instruments d’ambitions étrangères aux siennes.