
Lorsque la défense appela Brett Barnes à témoigner, le visage de Tom Sneddon se figea. Le procureur venait de voir un deuxième jeune homme, après Wade Robson, se présenter volontairement devant le jury pour défendre Michael Jackson. Et pas n’importe quel témoin : un ancien enfant proche de Jackson, cité dans les insinuations d’anciens employés de Neverland, et venu d’Australie pour démentir catégoriquement tout comportement déplacé.
Brett Barnes avait vingt-trois ans. Pour venir témoigner à Santa Maria, il avait quitté son emploi de croupier dans un casino de Melbourne. D’emblée, il identifia Michael Jackson comme l’homme assis à la table de la défense, puis le présenta comme un ami proche, qu’il connaissait depuis l’âge de cinq ans.
Le récit de leur rencontre avait presque quelque chose de romanesque. Enfant, Brett avait écrit avec sa mère une lettre destinée à Michael Jackson. Ils avaient réussi à la remettre à l’un des danseurs de la star dans un aéroport de Melbourne. Peu après, la famille Barnes reçut un appel de Jackson. À partir de ce moment, une relation durable s’installa.
Barnes expliqua avoir visité Neverland pour la première fois en 1991, avec toute sa famille. Il y retourna à de nombreuses reprises, une dizaine de fois au moins, toujours dans un contexte familial. La plupart du temps, il choisissait de dormir dans la chambre de Michael. Il en parlait sans gêne, sans trouble, comme d’un espace ludique où l’on jouait, regardait des films, passait du temps entre enfants, adolescents et proches de Jackson.
Interrogé par Thomas Mesereau, Barnes décrivit la chambre de Michael comme un lieu immense, rempli de jeux vidéo et d’objets amusants. Ce n’était pas, dans son souvenir, un lieu de malaise ou de secret. C’était un refuge d’enfant, un endroit où l’on pouvait oublier les préoccupations du monde adulte.
Puis Mesereau posa les questions que tout le monde attendait. Michael Jackson avait-il déjà eu un comportement sexuel envers lui ? La réponse de Barnes fut immédiate : absolument pas. Jackson l’avait-il déjà touché d’une manière déplacée ? Jamais. Barnes ajouta qu’il n’aurait jamais permis une chose pareille et que, si quelque chose s’était produit, il ne serait pas venu témoigner en faveur de Jackson.
Cette déclaration marqua la salle. Brett Barnes n’était ni hésitant, ni intimidé, ni ambigu. Il était en colère. Il savait que son nom avait été mêlé à des insinuations, notamment par d’anciens employés de Neverland. Il déclara clairement que ces récits étaient faux et qu’il ne supportait pas d’être utilisé dans des rumeurs qui ne correspondaient pas à son expérience.
Barnes raconta que les nuits passées dans la chambre de Michael ressemblaient à des petites fêtes. Sa sœur était souvent là. Macaulay Culkin également. Il cita aussi Levon, Elijah, Frank Cascio, Aldo et Marie Nicole Cascio, ainsi que d’autres membres de l’entourage de Jackson. Il parla de dessins animés, de jeux d’arcade, de manèges, de quads, de motos, de nourriture, de rires. Son Neverland était un lieu d’enfance partagée, pas l’espace fermé décrit par l’accusation.
Il expliqua également que Michael Jackson était resté, au fil des années, un ami proche, presque un membre de la famille. Cette formulation avait du poids : elle ramenait les relations de Jackson avec certains enfants dans une logique affective et familiale, là où l’accusation tentait d’imposer une lecture systématiquement suspecte.
Lorsque Ron Zonen prit le relais pour le contre-interrogatoire, il chercha à rendre cette proximité embarrassante. Il demanda à Barnes combien de fois il avait dormi dans la chambre de Michael, à quel âge, dans quelles circonstances, avec qui. Le procureur voulait transformer un souvenir assumé en aveu gênant. Mais Barnes ne céda pas. Oui, il avait dormi dans la chambre. Oui, cela s’était produit souvent. Non, il n’y avait rien eu d’inapproprié.
Zonen tenta alors de suggérer que Barnes s’était retrouvé seul avec Michael. Le jeune homme corrigea immédiatement : ce n’était pas vrai. Sa sœur, Macaulay Culkin, Levon, Elijah, Frank, Eddie, Dominick, Prince et d’autres personnes étaient présents à différents moments. La chambre de Michael, dans son souvenir, n’était pas un lieu isolé mais un espace traversé par plusieurs enfants, proches et membres de l’entourage.
Le procureur sembla particulièrement surpris lorsque Barnes confirma avoir continué à dormir dans la chambre de Michael jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. Pour Zonen, ce détail paraissait incompréhensible. Pour Barnes, il ne contenait aucune honte. Il n’avait pas le sentiment d’avoir participé à quoi que ce soit de problématique. Il décrivait une relation singulière, certes, mais non criminelle.
Zonen revint ensuite, comme avec Wade Robson, à certains livres trouvés à Neverland, notamment des ouvrages de photographies d’enfants. L’accusation cherchait à associer ces objets à une lecture sombre de l’univers de Jackson. Mais cette stratégie avait déjà montré ses limites. Robson avait affirmé ne jamais avoir vu ces livres auparavant et les avoir trouvés anodins. Avec Barnes, Zonen chercha surtout à provoquer une réaction, à le pousser dans ses retranchements.
Il lui demanda s’il considérait les abus sexuels comme quelque chose de scandaleux. Barnes répondit évidemment que oui. La question suivante, demandant pourquoi cela était scandaleux, fut interrompue par une objection de Mesereau. Le procureur changea alors d’angle et reprit la chronologie, année par année, demandant à Barnes s’il avait dormi dans le lit de Jackson à neuf ans, dix ans, onze ans, douze ans. Barnes répondit qu’il ne pouvait pas se souvenir avec une telle précision de chaque séjour.
Le contre-interrogatoire devint répétitif. Zonen voulait que Barnes admette qu’il aurait dû trouver cette proximité étrange. Mais le témoin ne lui donna pas cette satisfaction. Il expliqua qu’il dormait en pyjama, avec un tee-shirt, et que Michael était habillé de la même manière. Il affirma n’avoir jamais vu de documents pour adultes, n’avoir jamais été exposé à quoi que ce soit d’inapproprié, n’avoir jamais eu de conversation problématique avec Jackson sur le fait de partager une chambre ou un lit.
À mesure que les questions s’accumulaient, l’effet recherché par l’accusation s’inversait. Zonen semblait vouloir faire honte à Brett Barnes. Or le jeune homme ne paraissait ni honteux, ni troublé, ni manipulé. Il semblait surtout agacé que des adultes, des années plus tard, tentent de transformer son enfance en récit de soupçon.
Le seul geste affectueux dont Barnes se souvenait était simple : Michael lui disait qu’il était aimé. Il l’avait déjà embrassé sur la joue ou sur le front. Rien d’autre. Rien qui, selon lui, ait jamais franchi une limite.
Après Wade Robson, le témoignage de Brett Barnes représentait un nouveau revers pour l’accusation. Les procureurs avaient voulu faire entrer dans le procès le passé de Michael Jackson pour montrer un schéma. Mais les jeunes hommes cités dans ce passé venaient, les uns après les autres, expliquer qu’ils n’avaient jamais été victimes de Jackson. Ils reconnaissaient les nuits à Neverland, les séjours dans sa chambre, les jeux, les voyages, l’amitié. Puis ils niaient fermement tout comportement criminel.
Le risque, pour l’accusation, était évident : plus elle insistait sur ces anciens garçons, plus elle donnait à la défense l’occasion de faire comparaître des adultes capables de dire, sous serment, que les insinuations étaient fausses. Brett Barnes ne défendait pas seulement Michael Jackson. Il défendait aussi sa propre histoire contre ceux qui voulaient la réécrire à sa place.