Macaulay Culkin à la barre : l’enfant star qui dégonfla l’un des grands fantasmes du procès

Lorsque Macaulay Culkin arriva au tribunal, vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche sans cravate, l’agitation fut immédiate. À vingt-trois ans, l’ancien enfant prodige de Maman, j’ai raté l’avion fascinait encore. Les journalistes chuchotaient sur son apparence, presque inchangée dans l’imaginaire collectif depuis l’époque où son visage avait envahi les écrans du monde entier. Jusqu’au dernier moment, personne ne savait vraiment s’il viendrait défendre Michael Jackson.

Son témoignage fut pourtant l’un des plus nets de la défense.

Culkin expliqua d’abord au jury qu’il était le parrain de deux des enfants de Michael Jackson. Entre lui et la pop star, dit-il, existait un lien particulier : celui de deux anciens enfants célèbres, projetés trop tôt dans un monde d’adultes, de caméras, de contrats, de solitude et d’attentes impossibles. Michael comprenait cette condition. Il l’avait vécue avant lui, comme Elizabeth Taylor, Liza Minnelli ou Shirley Temple, ces figures d’enfance sacrifiée que Jackson admirait profondément.

Culkin raconta avoir séjourné à Neverland au moins une douzaine de fois entre dix et quatorze ans, souvent avec son petit frère, ses deux sœurs, sa mère et son père. Il présenta Michael Jackson comme un ami de longue date. Leur relation ne s’était pas arrêtée avec l’enfance : l’acteur continua à voir Jackson à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Leur dernière rencontre remontait à environ un an avant son témoignage.

Il expliqua aussi avoir passé du temps avec Michael ailleurs qu’à Neverland, notamment dans un appartement de Los Angeles que Jackson utilisait comme refuge. Ils y regardaient des films, dînaient, traînaient ensemble, loin du tumulte. Plus récemment, Culkin disait avoir apprécié de passer du temps avec Michael et ses enfants, à New York, Los Angeles ou Londres. Le tableau était celui d’une amitié durable, pas d’un souvenir enfoui ou honteux.

Puis Thomas Mesereau aborda les accusations formulées par d’anciens employés de Neverland, qui prétendaient que Jackson avait eu envers Culkin un comportement déplacé. La réponse de l’acteur fut catégorique. Il qualifia ces accusations de totalement ridicules. Il expliqua avoir appris leur existence en regardant CNN, après qu’on l’eut appelé pour lui dire que son nom circulait à la télévision. Ce qui le choquait le plus, dit-il, n’était pas seulement que ces récits soient publics, mais que personne, chez les procureurs, n’ait pris la peine de le contacter pour lui demander s’ils étaient vrais.

Mesereau lui demanda clairement si les procureurs avaient tenté de connaître sa version. Culkin répondit non. Lorsqu’il comprit que l’accusation envisageait de soutenir qu’il avait été victime de Michael Jackson, son incrédulité fut visible. Il ne reconnaissait pas son histoire dans le récit qu’on essayait de fabriquer autour de lui.

Il affirma avoir passé du temps avec Michael à Neverland en toute innocence. La famille Culkin avait librement accès à la propriété, y compris à la chambre de Jackson. Il n’y avait pas, selon lui, de secret ni de dissimulation. Les parents entraient et sortaient. Les frères et sœurs étaient là. D’autres enfants aussi. Neverland fonctionnait comme un lieu ouvert, traversé par des familles, des invités, des amis, des cousins, des enfants de passage.

Mesereau l’interrogea sur les gestes affectueux. Michael Jackson l’avait-il déjà pris dans ses bras ? Bien sûr. Culkin l’avait-il déjà pris dans ses bras ? Évidemment. Avait-il jamais perçu ces accolades comme ayant une signification douteuse ? Non. Pour lui, elles étaient semblables aux gestes d’affection échangés avec des amis. Michael prenait aussi dans ses bras sa sœur, ses frères, sa famille. Rien, dans ce cadre, ne lui avait paru suspect.

Culkin déclara n’avoir jamais vu Michael Jackson agir de manière inappropriée avec un enfant. Il se souvenait avoir tourné le clip Black or White avec Jackson et Wade Robson. Il pensait aussi avoir croisé Brett Barnes à Neverland. Dans son souvenir, beaucoup de gens se retrouvaient dans la chambre de Michael pour jouer, regarder des films, discuter, s’endormir ici ou là. Ce n’était pas un huis clos. C’était, à ses yeux, une maison pleine de passages.

Lors du contre-interrogatoire, Ron Zonen tenta de suggérer que Michael Jackson avait acheté l’amitié de Culkin par des cadeaux. L’acteur reconnut avoir reçu une Rolex gravée à son nom, qu’il conservait désormais dans un coffre car elle était trop petite pour lui. Il parla aussi de sorties à Toys “R” Us à Santa Maria, après la fermeture du magasin, afin d’éviter les fans. Jackson achetait des jouets, comme il le faisait souvent avec les enfants qu’il recevait.

Zonen chercha ensuite à interroger Culkin sur la question du lit et de la chambre. L’acteur expliqua que ses parents n’avaient jamais considéré cela comme un problème. Son père entrait parfois tôt le matin dans la chambre de Jackson pour le réveiller et l’emmener faire du cheval. Cette précision affaiblissait encore l’idée d’un espace secret ou interdit aux adultes.

Le procureur lui demanda s’il avait séjourné à Neverland en même temps que Jordan Chandler. Culkin répondit qu’il ne savait pas exactement qui était Jordan Chandler ou, du moins, qu’il n’était pas certain de l’avoir identifié à l’époque. Beaucoup de gens allaient et venaient à Neverland. Il compara la propriété à une porte tournante : personnel, invités, familles, enfants, amis, célébrités. Il rencontrait des gens sans toujours savoir qui ils étaient ni pourquoi ils étaient là.

Lorsqu’on lui demanda s’il avait déjà passé la nuit dans la chambre de Michael en présence d’autres garçons que ses frères, Culkin répondit que oui, parfois. Il évoqua des cousins, des amis de la famille, des enfants venus avec leurs parents. Ils jouaient ensemble et finissaient par s’endormir n’importe où : dans la chambre de Michael, dans le cinéma, ailleurs dans la propriété. Ce témoignage replaçait les nuits à Neverland dans un contexte collectif et désordonné, très éloigné du récit fermé que l’accusation tentait de construire.

Avant même la fin de son passage à la barre, les journalistes se précipitèrent dehors. La présence de Macaulay Culkin était une aubaine médiatique. L’ancien enfant star faisait vendre. Les chaînes voulaient raconter son apparition, son visage, ses liens avec Michael, son aveu d’avoir dormi dans la chambre de Jackson. En revanche, les nuances de son témoignage — son démenti catégorique, l’absence de contact des procureurs, la présence constante de familles, le caractère ouvert de Neverland — furent souvent réduites à quelques formules spectaculaires.

Ce jour-là, pourtant, d’autres témoins avaient apporté des éléments tout aussi importants pour la défense. Avant Culkin, cinq employés de Neverland étaient venus dire qu’ils n’avaient jamais vu Michael Jackson agir de manière déplacée avec des enfants. Joe Marcus, manager du ranch, avait affirmé que les Arvizo semblaient apprécier leur séjour et qu’ils ne s’étaient jamais plaints d’être retenus contre leur volonté lorsqu’il les avait conduits près de Solvang.

Violet Silva, agent de sécurité à Neverland, avait décrit Gavin Arvizo comme agité et Janet comme instable, sujette à des sautes d’humeur. Elle avait raconté plusieurs incidents impliquant Gavin, dont un accident en voiturette de golf avec un véhicule conduit par le petit-fils de Marlon Brando. Elle évoqua aussi un épisode où Gavin aurait conduit un van sans autorisation dans la propriété. Ce détail était capital : un garçon capable de circuler ainsi à Neverland aurait difficilement pu être présenté comme prisonnier d’un domaine dont il ne pouvait s’échapper.

Mais ces éléments passèrent presque inaperçus. Les producteurs de télévision préféraient Macaulay Culkin. Ils voulaient l’enfant star, le nom célèbre, le lien hollywoodien. Les faits précis, les registres de sécurité, les contradictions sur la captivité, les employés du ranch : tout cela pesait moins lourd, dans la logique médiatique, qu’une phrase sur le lit de Michael Jackson.

La machine médiatique fonctionnait à plein régime. Elle retenait le glamour du témoin, la charge émotionnelle du nom, l’imaginaire de Maman, j’ai raté l’avion confronté au procès du roi de la pop. Mais dans la salle d’audience, le témoignage de Culkin avait une portée plus simple et plus forte : l’un des garçons que l’accusation voulait transformer en victime déclarait, sous serment, que les accusations étaient absurdes.

Après Wade Robson et Brett Barnes, Macaulay Culkin venait ajouter une troisième voix adulte au même constat. Oui, il avait connu Michael Jackson enfant. Oui, il avait dormi à Neverland. Oui, il avait partagé son intimité familiale. Non, rien de criminel ne s’était produit. Et personne, dans le camp de l’accusation, n’avait jugé utile de lui demander avant de faire de son nom un instrument à charge.

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