
Lorsque Jay Leno entra dans la salle d’audience, les jurés ne le quittèrent pas des yeux. Le présentateur du Tonight Show, connu depuis des années pour ses plaisanteries visant Michael Jackson, n’était pas venu faire rire. Appelé par la défense, il venait témoigner sur un point précis : les appels qu’il avait reçus de Gavin Arvizo à l’époque où l’enfant se battait contre le cancer.
Mesereau commença par replacer Leno dans un contexte plus large. Depuis des années, l’humoriste participait à des actions caritatives en faveur d’enfants malades, notamment avec des organisations comme Phone Friends ou Make-A-Wish. Il expliqua qu’il appelait régulièrement des enfants hospitalisés, souvent à la demande d’associations reconnues. Certains voulaient simplement lui parler, lui poser des questions sur les célébrités invitées dans son émission, ou recevoir quelques mots d’encouragement. Il leur envoyait parfois des cadeaux, des photos, des casquettes ou des souvenirs du Tonight Show.
Leno décrivit ces gestes avec simplicité. Il n’avait pas de procédure complexe. Lorsqu’un organisme sérieux lui transmettait une demande, il appelait. Parfois, il recevait aussi des demandes plus étranges, moins vérifiables, qu’il traitait avec prudence. L’humoriste expliqua qu’il était relativement accessible par le standard du Tonight Show et plaisanta même sur le fait que, jusqu’à son témoignage, il était encore possible de tomber directement sur lui au téléphone. La salle rit. Michael Jackson, lui, ne riait pas.
Le cœur du témoignage n’était pas là. La défense voulait que le jury entende parler des appels de Gavin Arvizo. Leno se souvenait avoir reçu plusieurs messages de l’enfant vers l’an 2000, à l’époque où Gavin était atteint d’un cancer. Il expliqua avoir ensuite appelé la chambre d’hôpital du garçon, où il avait parlé avec lui, peut-être aussi avec sa mère et son frère.
Ce que Leno retint surtout, c’était le ton des messages laissés par Gavin. Ils lui avaient paru inhabituels. L’enfant se montrait très démonstratif, presque trop pour son âge. Il disait à Jay Leno qu’il était son idole, qu’il était merveilleux, qu’il était le meilleur. Pour l’humoriste, quelque chose sonnait curieusement adulte dans ces messages. Il ne s’agissait pas du ton maladroit et spontané que l’on attend généralement d’un enfant malade appelant une célébrité.
Leno expliqua au jury que les messages semblaient préparés à l’avance. Il avait l’impression d’entendre un discours écrit, travaillé, presque récité. Ce détail avait éveillé sa curiosité. D’ordinaire, disait-il, les enfants qu’il appelait étaient plutôt timides ou difficiles à faire parler. Gavin, lui, lui avait laissé des messages structurés, flatteurs, insistants.
L’humoriste raconta en avoir parlé à Louise Palanker, comédienne liée à la Laugh Factory et proche du cercle ayant aidé les Arvizo. Il lui avait dit que les messages ne semblaient pas venir naturellement d’un enfant de douze ans. Selon lui, on aurait dit un discours préparé. Palanker lui aurait répondu que Gavin voulait devenir acteur ou humoriste, qu’il écrivait ses phrases à l’avance et les lisait ensuite. L’explication avait paru possible à Leno, sans qu’il y réfléchisse davantage à l’époque.
Mais un autre point comptait davantage encore : les appels étaient répétés. Gavin avait laissé plusieurs messages du même type. Leno finit par demander à Louise Palanker de faire cesser ces appels, parce qu’ils revenaient toujours sur le même mode. Là encore, le comportement sortait du schéma habituel : en général, ce n’étaient pas les enfants qui appelaient directement, mais les associations, les parents, les médecins, les infirmières ou les enseignants qui organisaient le contact.
Mesereau chercha à faire préciser si, selon Leno, Gavin avait pu être préparé ou coaché. L’accusation fit objection. Mais la question avait déjà produit son effet. Le jury venait d’entendre un témoin célèbre, extérieur au cercle Jackson, expliquer que les messages de Gavin lui avaient paru anormalement construits pour un enfant de cet âge.
Leno ajouta qu’il se souvenait d’avoir entendu quelqu’un en arrière-plan lors d’un appel, sans pouvoir dire s’il s’agissait de Janet Arvizo, d’une infirmière ou d’une autre personne. Il décrivit sa conversation avec Gavin comme brève : il lui avait demandé comment il allait, l’avait encouragé, lui avait dit de garder le moral. Rien de plus.
Le témoignage avait une portée simple, mais redoutable. À la barre, Gavin Arvizo avait affirmé ne jamais avoir parlé à Jay Leno. Or Leno venait dire l’inverse. Il se souvenait des messages, de l’appel à l’hôpital, du ton étrange de l’enfant, de sa conversation avec Louise Palanker et de sa demande pour que les appels cessent.
Dans un procès où la crédibilité de Gavin était centrale, ce détail comptait. Il ne s’agissait pas seulement de savoir s’il avait parlé ou non à Jay Leno. Il s’agissait de montrer, une fois encore, que certaines affirmations de l’accusateur ne résistaient pas à la confrontation avec des témoins extérieurs. Et cette fois, le témoin n’était ni un employé de Neverland, ni un membre du clan Jackson, ni un ami intime de Michael. C’était Jay Leno, humoriste célèbre, habitué à se moquer de Jackson, venu confirmer un point que Gavin avait nié.
À mesure que Leno parlait, les jurés semblaient se souvenir du témoignage de Gavin. La contradiction était difficile à ignorer. L’enfant qui disait ne jamais avoir parlé à Jay Leno avait, selon Leno lui-même, laissé plusieurs messages et eu au moins une conversation avec lui. La défense venait d’ajouter une pièce supplémentaire à son tableau : celui d’un récit Arvizo instable, mouvant, parfois contredit par les faits les plus simples.