Jesus Salas à la barre : le témoin de l’accusation qui fragilisa la thèse de l’enfermement

Jesus Salas avait travaillé pendant près de vingt ans pour Michael Jackson comme responsable de sa résidence personnelle. À la barre, il donnait l’image d’un homme discret, humble, peu à l’aise dans le tumulte d’un procès mondial. Appelé par l’accusation, il évitait de regarder Michael Jackson et semblait pressé de répondre aux questions pour quitter au plus vite cette exposition publique.

Dès le début de son témoignage, Salas décrivit Neverland comme un lieu conçu pour satisfaire les invités, en particulier les enfants. Michael Jackson, expliqua-t-il, exigeait que chacun soit traité avec le plus grand soin. Si les enfants voulaient des bonbons, on leur en donnait. S’ils souhaitaient dîner dans la gare du ranch, c’était possible. S’ils préféraient manger dans la maison principale, cela l’était aussi. Les jeunes visiteurs avaient accès aux manèges, aux jeux, à une vidéothèque classée par ordre alphabétique, aux zoos, au cinéma et à de nombreux espaces de loisirs.

Le cinéma de Neverland, en particulier, fut décrit comme un vrai cinéma privé, ouvert à toute heure, avec du personnel disponible pour servir gratuitement glaces et sucreries. Une photographie montrait aux jurés une salle équipée de sièges en velours et de deux petites chambres attenantes, munies de lits d’hôpital, afin que des enfants malades puissent regarder des films allongés. Ce détail rappelait une dimension essentielle du ranch : Neverland n’était pas seulement un caprice de milliardaire, mais aussi un lieu pensé pour accueillir des enfants fragiles, malades ou défavorisés.

Selon Salas, la seule règle vraiment stricte concernait la sécurité. Les enfants n’étaient pas autorisés à utiliser des quads, scooters, voiturettes de golf ou autres véhicules sans surveillance ou permission. Pour le reste, la propriété fonctionnait sur un principe d’ouverture presque totale. Les invités de Michael Jackson recevaient le code d’accès de la maison principale. La famille Arvizo, comme les autres invités, pouvait circuler librement dans les principaux bâtiments du domaine.

Salas se souvenait être allé chercher les Arvizo à l’aéroport de Santa Barbara. La famille serait restée environ deux semaines à Neverland, serait partie, puis revenue pour un second séjour d’environ deux semaines. À un moment, on lui demanda de les conduire à Los Angeles, ce qu’il fit. Ils revinrent ensuite une troisième fois, pour environ une semaine. Durant ces séjours, Michael Jackson se trouvait, selon Salas, la plupart du temps sur la propriété.

Le responsable de la résidence confirma également la présence de deux hommes allemands, Dieter Wiesner et Ronald Konitzer, qu’il appelait simplement « Dieter » et « Ronald ». Ils tenaient des réunions avec Michael Jackson pendant que les Arvizo séjournaient à Neverland, mais Salas ignorait totalement leur contenu et ne connaissait pas précisément leur rôle auprès de Jackson. Frank Cascio, en revanche, était un invité régulier, presque permanent à cette période.

Interrogé sur les nuits des enfants Arvizo, Salas expliqua qu’ils dormaient parfois dans les logements pour invités avec leur mère et leur sœur, et parfois dans la suite de Michael. Il précisa qu’au fil des années, il avait souvent vu des enfants dans cette grande suite à deux niveaux, soit à l’étage, soit au rez-de-chaussée. Pour lui, la présence d’enfants dans la chambre de Michael n’avait rien d’exceptionnel : les propres enfants de Jackson, leurs amis, les enfants Cascio et d’autres jeunes invités s’y retrouvaient lorsqu’il avait du temps libre.

Salas rappela aussi que des adultes étaient reçus dans la suite de Michael. On y servait parfois nourriture et alcool au rez-de-chaussée, un vaste espace comprenant salon, piano à queue et cheminée. Cette précision comptait : la chambre de Michael n’était pas décrite comme un lieu clos ou secret, mais comme une suite privée souvent fréquentée, parfois familiale, parfois mondaine.

La question de l’alcool fut ensuite abordée. Salas pensait que Michael Jackson buvait parfois du vin ou de la vodka. Il affirma l’avoir déjà vu en état d’ébriété, même s’il le voyait rarement boire. Il évoqua aussi les douleurs physiques de Jackson, ses problèmes de dos, sa jambe cassée en 2003 et sa consommation occasionnelle de médicaments prescrits. Il rappela en outre que Michael avait suivi un traitement après des difficultés liées à des médicaments, survenues à la suite de ses brûlures pendant le tournage d’une publicité Pepsi.

Mais sur le point le plus important pour le procès, Salas fut catégorique : en vingt ans au service de Michael Jackson, il ne l’avait jamais vu donner de l’alcool à un enfant. Jamais.

Concernant Gavin Arvizo, Salas déclara avoir eu l’impression, un soir, que l’adolescent pouvait être ivre. Mais il ajouta aussitôt que Michael Jackson n’était pas avec lui à ce moment-là. Il reconnut même ne pas être certain que Gavin ait réellement été alcoolisé. Là encore, l’accusation cherchait une confirmation ; elle obtenait une impression fragile, immédiatement nuancée par son propre témoin.

Salas évoqua aussi un incident impliquant des adolescents de Los Olivos, voisins de Neverland, surpris en train de sortir de la cave à vin située dans la salle de jeux vidéo. Ces garçons venaient souvent au ranch, parfois en l’absence de Michael. Ils étaient connus du personnel pour leurs écarts : cache-cache dans la maison, présence dans des pièces interdites, comportements indisciplinés. Michael, selon Salas, ne les avait pas autorisés à accéder à la cave. Cet épisode renforçait une idée importante : des mineurs pouvaient se déplacer seuls dans la propriété et atteindre certains endroits sans que Jackson soit présent.

L’accusation tenta ensuite d’associer la consommation d’alcool aux garçons Arvizo. Elle interrogea Salas sur une soirée où Michael avait demandé qu’on apporte une bouteille de vin et quatre verres dans sa chambre, alors que les garçons se trouvaient avec Frank Cascio et ses frères et sœurs. Salas confirma la commande de vin, mais ajouta spontanément que des sodas avaient aussi été apportés ce soir-là. Ce détail, venu du témoin de l’accusation lui-même, affaiblissait l’idée que les garçons auraient nécessairement bu du vin avec Jackson.

Salas ne se souvenait que d’une autre occasion où Michael aurait commandé du vin en présence des Arvizo. Cette fois-là, il n’avait demandé qu’un seul verre. Là encore, la précision jouait contre le récit d’une consommation répétée et organisée avec les adolescents.

L’accusation présenta ensuite à Salas des magazines pour adultes et des objets à connotation sexuelle retrouvés dans le bureau de Michael Jackson. Des photos furent projetées sur grand écran. Le moment fut embarrassant, presque gratuit. Aucun témoignage ne reliait clairement ces objets aux enfants Arvizo. Pour certains observateurs, leur présentation relevait davantage de l’humiliation que de la preuve. Le but semblait être de donner au jury une impression de malaise autour de l’univers privé de Jackson.

Sur la thèse du complot, Salas fournit un témoignage décisif. Il raconta que Janet Arvizo l’avait appelé une nuit, en pleurs, pour lui demander de la conduire chez elle. Il eut pitié d’elle et accepta. Il utilisa l’une des voitures de Michael, une Rolls-Royce, pour ramener la famille à Los Angeles. Avant de partir, il prévint Chris Carter, l’un des gardes du corps, afin que quelqu’un sache qu’il quittait la propriété avec les Arvizo.

Selon Salas, Frank Cascio fut contrarié par leur départ. Mais ce qui importait surtout, c’est que la famille put partir. Quelques jours ou semaines plus tard, les Arvizo revinrent pourtant à Neverland. Puis Janet demanda à nouveau à repartir. Cette fois, Salas ne put pas assurer lui-même le trajet, mais une limousine fut organisée. Quelques jours plus tard, Janet et ses enfants quittèrent définitivement la propriété.

Le contre-interrogatoire de Thomas Mesereau exploita immédiatement cette chronologie. Si Janet et ses enfants avaient été retenus contre leur volonté, pourquoi Salas les avait-il conduits lui-même hors du ranch lorsqu’elle l’avait demandé ? Pourquoi étaient-ils revenus ? Pourquoi un nouveau transport avait-il ensuite été organisé pour eux ? Salas confirma l’essentiel : Janet n’avait jamais été retenue de force à Neverland.

Mesereau lui demanda clairement si Janet avait été captive. Salas répondit que non. Elle l’avait appelé, bouleversée, lui avait demandé de la ramener chez elle, et il l’avait fait. Puis elle était revenue. Puis elle avait voulu repartir. Et on avait organisé son départ.

Cette séquence portait un coup sérieux à la thèse de l’enlèvement ou de l’emprisonnement. Salas ne décrivait pas une famille retenue par la contrainte, mais une famille libre de circuler, de partir, de revenir, puis de repartir.

Le manager expliqua également que Janet Arvizo ne s’était jamais plainte à lui du traitement reçu à Neverland. Ses seules plaintes concernaient Dieter et Ronald, qu’elle n’aimait pas, ainsi que la pression médiatique liée au documentaire de Martin Bashir. Sur Michael Jackson lui-même, elle ne disait que du bien. Elle disait le respecter et l’aimer beaucoup.

Mesereau fit ensuite préciser les conditions de séjour des Arvizo. Janet occupait l’une des plus belles suites de la propriété, celle que Marlon Brando et Elizabeth Taylor demandaient lors de leurs visites. Elle bénéficiait du même niveau de service que les invités prestigieux de Michael. Elle avait accès à la maison principale, au cinéma, aux jardins, aux attractions et à l’ensemble du domaine.

Les Arvizo pouvaient manger dans la cuisine ou la salle à manger, demander un service en chambre, commander de la nourriture à toute heure. Ils profitaient des manèges, de la salle de jeux, du cinéma et des véhicules. Salas décrivait un service de luxe, pas une captivité. Janet, selon lui, passait souvent du temps dans son logement pour invités ou venait prendre ses repas dans la résidence principale. Il la voyait parfois marcher seule dans le parc, préoccupée.

Le témoignage permit aussi de rappeler la générosité habituelle de Michael Jackson. Salas raconta qu’il pouvait l’envoyer chez Toys “R” Us acheter jusqu’à 11 000 dollars de jouets destinés à être distribués aux enfants invités à Neverland. Michael organisait parfois lui-même cette distribution. Le portrait qui en ressortait était celui d’un homme excessivement généreux, presque déraisonnable dans son désir de faire plaisir aux enfants.

Enfin, Salas donna un détail important sur la sécurité : même lorsqu’on repérait des intrus sur la propriété, les gardes de Neverland ne portaient pas d’armes à feu. Michael Jackson ne voulait pas d’armes dans son ranch. Sa priorité déclarée était la sécurité des enfants.

En fin de compte, Jesus Salas avait été appelé par l’accusation, mais son témoignage servit largement la défense. Il confirma que Neverland était un lieu extrêmement permissif, parfois imprudent, mais pas une prison. Il confirma que les Arvizo circulaient librement, qu’ils pouvaient partir, qu’ils étaient revenus après être partis, qu’ils bénéficiaient d’un service exceptionnel, que Janet n’avait jamais dénoncé auprès de lui de mauvais traitement par Michael, et qu’il n’avait jamais vu Jackson donner de l’alcool à un enfant.

L’accusation voulait faire de Neverland un décor de contrôle. Salas en fit plutôt le portrait d’un lieu ouvert à l’excès, administré par du personnel, traversé par des invités, des enfants, des familles, des associés, des habitudes de luxe et des règles trop souples. Ce n’était pas nécessairement à l’avantage de Michael Jackson sur le plan de l’image. Mais sur le plan judiciaire, cela affaiblissait fortement l’idée d’un complot organisé pour retenir les Arvizo contre leur volonté.

Laisser un commentaire