Janet Arvizo face à ses contradictions : le témoin que la défense n’avait presque plus besoin d’attaquer

Au-delà de la théorie du complot, l’un des moments les plus dévastateurs du témoignage de Janet Arvizo concerna son précédent procès contre J.C. Penney. Des années avant l’affaire Jackson, elle avait obtenu un règlement de 152 000 dollars après avoir affirmé avoir été violemment agressée par des agents de sécurité sur un parking. La défense voulait montrer que cette affaire n’était pas un simple épisode ancien, mais le précédent d’un mécanisme déjà connu : accusations graves, enfants appelés à soutenir la version maternelle, recours civil, puis règlement financier.

Thomas Mesereau interrogea Janet sur les détails de cette affaire. Elle affirma avoir été frappée au sol par des agents de sécurité et avoir subi des gestes humiliants. Plus l’avocat entrait dans les détails de sa déposition, plus Janet paraissait nerveuse. Elle reconnut que son témoignage antérieur contenait des « inexactitudes », ajoutant avoir demandé à son avocat d’y apporter des corrections avant qu’une décision ne soit rendue. Mais cet aveu suffisait déjà à semer le doute : une témoin centrale dans un procès criminel venait d’admettre que sa parole sous serment avait déjà comporté des erreurs importantes dans une autre procédure.

Mesereau souligna alors que Gavin et Star Arvizo avaient corroboré les accusations de leur mère dans l’affaire J.C. Penney. Les deux garçons avaient affirmé sous serment avoir été témoins de l’agression. Star, encore très jeune à l’époque, avait même donné un récit extrêmement détaillé de la scène. Pour la défense, cette chronologie avait une valeur capitale : les enfants Arvizo avaient appris très tôt à soutenir juridiquement la version de leur mère dans une affaire susceptible de rapporter de l’argent.

Le parallèle avec le dossier Jackson devenait difficile à ignorer. Star disait désormais avoir vu Michael Jackson adopter des gestes déplacés envers Gavin ; des années plus tôt, il avait déjà affirmé avoir vu des agents de sécurité agir de manière dégradante envers Janet. Mesereau voulait suggérer que le jeune homme n’était pas simplement un témoin spontané, mais un enfant déjà formé, dans le cadre familial, à produire des récits utiles à une procédure.

L’avocat revint ensuite sur les contradictions matérielles de l’affaire J.C. Penney. Janet avait affirmé avoir été violemment frappée sur le parking, avoir craint pour sa vie, avoir été projetée dans une sorte de brouillard physique. Pourtant, les documents de police établis le jour même indiquaient qu’elle ne présentait aucune anomalie visible et ne demandait aucun soin médical. Elle et son mari David avaient été arrêtés, conduits au poste, photographiés, fichés, puis libérés après le paiement d’une caution. Ce n’est que plus tard que Janet se présenta chez un avocat avec des photographies de bleus destinées à appuyer son récit.

Ce décalage renforçait l’hypothèse de la défense : les marques physiques invoquées dans la procédure civile pouvaient avoir été produites ou photographiées après l’incident, ou du moins ne correspondaient pas à ce que les autorités avaient observé le jour même. Mesereau n’avait pas besoin d’accuser frontalement Janet d’avoir fabriqué les preuves ; il suffisait d’exposer la chronologie pour que le doute s’installe.

Le contre-interrogatoire s’élargit ensuite aux accusations de maltraitance qui avaient traversé la famille Arvizo. Janet tenta d’abord de minimiser la violence au sein du foyer, avant de reconnaître l’existence de plusieurs signalements et mesures d’éloignement visant son ex-mari David. Puis Mesereau aborda un épisode plus embarrassant : dans les années 1990, le Département des services à la famille et aux enfants avait mené une enquête après que Gavin eut accusé sa mère de maltraitance.

Janet tenta d’expliquer l’incident. Gavin, alors en maternelle, aurait dit à une infirmière ou à une enseignante qu’il ne voulait pas rentrer chez lui par peur d’avoir des ennuis. Le signalement avait entraîné la visite des services sociaux. Janet essaya de présenter cette intervention comme une expérience anodine, presque positive. Mais pour le jury, l’image était tout autre : la famille Arvizo n’était pas seulement marquée par la pauvreté ou la maladie, mais par une succession d’accusations, de signalements, de violences alléguées et de récits contradictoires.

Plus Janet parlait, plus son témoignage devenait confus. Elle niait certains faits, en reconnaissait d’autres, reformulait, s’interrompait, corrigeait, se perdait dans des explications qui semblaient parfois se défaire sous ses propres mots. À mesure que Mesereau avançait, la salle voyait apparaître une femme habituée aux accusations dramatiques, mais incapable de soutenir un récit stable dès qu’il fallait l’ancrer dans des dates, des documents ou des déclarations antérieures.

Son comportement à la barre accentuait encore cette impression. Par moments, elle cessait de s’adresser à l’avocat ou au jury et semblait vouloir parler directement à Michael Jackson. L’échange devenait presque irréel : l’accusatrice de l’affaire tentait d’ouvrir une conversation personnelle avec l’homme qu’elle accusait, au milieu d’une salle d’audience bondée. Jackson, lui, la regardait avec fatigue, parfois avec désapprobation, comme s’il assistait à une scène qu’il connaissait trop bien et qu’il ne pouvait plus interrompre.

Janet reconnut aussi qu’elle n’avait jamais été témoin direct d’un abus sexuel. Elle avait appris les accusations de Gavin après la rencontre de la famille avec le psychologue Stanley Katz. Quant à l’épisode du vol privé, elle affirmait seulement penser avoir vu Michael lécher les cheveux de son fils, sans en être certaine. Elle alla jusqu’à admettre qu’elle avait peut-être « imaginé des choses ». Cette formulation, dans un procès criminel, était lourde de conséquences.

Le détail du « léchage de cheveux » paraissait d’autant plus étrange que Gavin ne l’avait pas mentionné lui-même. Aucun membre du personnel d’Extrajet ne l’avait confirmé. L’idée que Michael Jackson aurait accompli un geste aussi visible, devant l’équipage et plusieurs passagers, semblait improbable. À la barre, Janet semblait elle-même hésiter entre souvenir, interprétation et projection.

Mesereau aborda ensuite la question des médias. Janet soutenait être partie à Miami non pas pour fuir les journalistes, mais parce qu’elle craignait de mystérieux « tueurs » et des menaces de mort. L’avocat la confronta alors à une conversation enregistrée avec Frank Cascio, dans laquelle elle se plaignait surtout de la pression médiatique. Les jurés entendirent Janet parler des paparazzis, de l’agitation autour de sa famille, de la nécessité de se protéger du harcèlement public. Les « tueurs », eux, restaient introuvables.

La même conversation contenait un passage particulièrement révélateur. Janet y parlait encore de Michael, Frank Cascio, Marie Nicole, ses enfants et ses parents comme d’une seule famille. Or cet échange avait eu lieu après ce qu’elle décrivait comme sa première « évasion » de Neverland. Mesereau s’en empara aussitôt : comment pouvait-elle affirmer s’être échappée d’un lieu de captivité tout en continuant à parler de ses supposés ravisseurs comme de sa famille ?

La question de ses départs et retours à Neverland devint presque impossible à démêler. Janet affirmait s’être enfuie, puis être revenue. Elle parlait de Frank qui l’aurait convaincue que les gens autour de Michael étaient bons, puis de Vinnie qui l’aurait ramenée, puis d’un départ définitif. Mesereau lui demanda combien de fois elle s’était « échappée ». Une fois ? Trois fois ? Quatre fois ? Janet fut incapable de répondre clairement. Son récit d’enfermement s’effondrait dans sa propre logique : une personne captive ne quitte pas librement un lieu pour y revenir ensuite à plusieurs reprises.

Durant les pauses, les observateurs et les journalistes commentaient son témoignage avec incrédulité. Beaucoup se demandaient pourquoi l’accusation avait pris le risque de la faire comparaître. Janet semblait plus précise lorsqu’il était question de soins esthétiques, d’épilation ou de dépenses personnelles que lorsqu’il fallait expliquer le prétendu complot orchestré par Michael Jackson et ses associés. Le décalage était dévastateur.

Les factures présentées par la défense n’arrangeaient rien. Pendant la période où Janet disait avoir été retenue, des sommes importantes avaient été dépensées pour elle et ses enfants : produits de beauté, vêtements, soins, prestations esthétiques, repas, transports, soins dentaires pour Gavin. Tout était débité sur les comptes liés à Neverland Valley Entertainment. L’image d’une prisonnière terrifiée se heurtait à celle d’une invitée bénéficiant d’un train de vie inaccessible quelques semaines plus tôt.

Janet continua pourtant à soutenir que le droit de réponse vidéo était entièrement scénarisé. Selon elle, tout avait été chorégraphié par Dieter Wiesner et Ronald Konitzer, les deux « Allemands » qu’elle disait craindre. Les mots affectueux sur Michael, les déclarations sur son rôle paternel, la gratitude exprimée par ses enfants : tout aurait été de la comédie.

Mesereau la força à répéter cette thèse. Avait-elle dit la vérité lorsqu’elle décrivait Michael comme paternel ? Était-ce sincère lorsque Gavin parlait de lui comme d’un père ? Les enfants jouaient-ils eux aussi la comédie ? Janet répondit que oui, tout était joué, tout venait du scénario. Mais le jury avait vu les rushes. Il avait vu Janet organiser elle-même ses enfants, leur demander de se tenir correctement, suggérer des gestes, parler avec emphase et spontanéité. Plus elle disait avoir joué, plus elle ressemblait à quelqu’un qui essayait d’effacer une vérité embarrassante.

La défense parvint aussi à rappeler le rôle concret de Michael Jackson dans la vie de Gavin. Avant que les accusations n’apparaissent, il avait appelé l’enfant pendant sa maladie, l’avait invité à Neverland, avait mobilisé des dons du sang, avait ouvert sa maison à une famille en difficulté, avait contribué à organiser des gestes de soutien et des collectes. Quand Gavin était un enfant affaibli par un cancer de stade IV, chauve, squelettique, en fauteuil roulant, Jackson l’avait accueilli dans son univers. Aucune autre célébrité ne lui avait offert une telle proximité.

Janet tenta de minimiser cette aide. Elle refusa d’admettre que Michael avait joué un rôle significatif dans la guérison morale ou physique de son fils. Mais la vidéo, les lettres, les témoignages précédents et les propres déclarations de la famille contredisaient cette nouvelle version. Pendant des mois, les Arvizo avaient décrit Jackson comme celui qui avait redonné espoir à Gavin. Au tribunal, Janet essayait désormais d’effacer cette dette affective.

C’est précisément cette tentative qui rendit son témoignage si destructeur. Janet ne se contentait pas d’accuser Michael Jackson. Elle niait ce qu’elle avait autrefois proclamé avec ferveur. Elle niait les mots de gratitude, les images de tendresse, les gestes de soutien, les déclarations de ses enfants, l’idée même que Michael ait été un bienfaiteur. Pour le jury, cette réécriture totale semblait moins être une révélation qu’un retournement opportun.

Au terme de son passage à la barre, Janet Arvizo apparaissait comme le plus grand problème de l’accusation. La théorie du complot paraissait invraisemblable. L’affaire J.C. Penney révélait un précédent judiciaire embarrassant. La fraude sociale minait sa crédibilité. Ses souvenirs fluctuaient. Ses larmes convainquaient peu. Ses accusations reposaient souvent sur des impressions. Ses explications sur le droit de réponse vidéo semblaient artificielles. Et son incapacité à raconter clairement ses prétendues « évasions » de Neverland achevait d’affaiblir le récit.

Mesereau n’avait presque plus besoin de la pousser. Janet se défaisait elle-même. Plus elle parlait, plus elle donnait au jury l’impression d’une femme prisonnière de ses propres contradictions. Et dans un procès où l’accusation reposait largement sur la parole de la famille Arvizo, cette impression valait bien plus qu’un simple faux pas. Elle pouvait tout faire basculer.

Neverland n’était pas une prison : le témoignage qui a fissuré le récit du complot

Michael Jackson arrivait le plus souvent au tribunal en costume noir, chaque jour rehaussé d’une veste différente. Les étoffes étaient rares, les coupes précises, les boutons souvent dorés. À son bras, un brassard assorti revenait comme une signature dont personne ne semblait réellement connaître la signification. Certains y voyaient un signe militaire, une manière de se donner un rang, presque un commandement symbolique. Mais chez Jackson, le vêtement n’était jamais seulement décoratif : il était une armure, un langage, une façon de rappeler au monde qu’il restait une figure à part, même assis sur le banc des accusés.

Il n’avait pourtant pas besoin d’en faire beaucoup pour provoquer une réaction. Sa simple présence suffisait à faire monter l’électricité dans l’air. Devant le tribunal, les fans diffusaient sa musique à plein volume, chantaient, dansaient, imitaient ses gestes. Partout où il passait, un frisson collectif se propageait. Même les shérifs, même les détracteurs, même ceux qui faisaient semblant de ne rien ressentir semblaient traversés par cette énergie.

Jackson, lui, avançait lentement, avec une conscience aiguë de son image. Il savait que chaque mouvement était capté, interprété, rejoué, moqué ou adoré. Malgré les accusations criminelles, malgré la pression, il s’efforçait de conserver une forme de grâce. Cette présence provoquait chez ses fans des réactions incontrôlables. À l’heure la plus sombre de sa vie publique, ils avaient besoin de le voir tenir debout. Et lui, manifestement, avait besoin d’eux pour ne pas s’effondrer.

Thomas Mesereau refusait cependant que cette adoration transforme le procès en spectacle. Chaque matin, l’avocat accueillait Jackson à l’extérieur du tribunal et l’entraînait rapidement loin des caméras, des cris et de la musique. Il ne voulait ni danse improvisée, ni bain de foule, ni image qui puisse être retournée contre son client. Son objectif était simple : ramener Michael Jackson dans le cadre d’un procès, pas d’un concert.

Les précédents avocats avaient, selon lui, laissé trop de place au théâtre hollywoodien. Conférences de presse, fêtes luxueuses, déplacements en jet privé, gestes spectaculaires devant la foule : tout cela nourrissait l’image d’un Jackson coupé de la réalité. Les médias avaient déjà déformé un incident survenu lors d’une audience préliminaire, affirmant qu’il avait dansé sur le toit de sa voiture, alors qu’il tentait surtout de ne pas être submergé par les fans. Mesereau connaissait la mécanique : chaque image pouvait devenir une arme.

Son arrivée dans l’équipe de défense marqua donc une rupture. Appelé après que Michael et Randy Jackson eurent consulté Johnnie Cochran, Mesereau fut présenté comme l’homme capable de « faire le travail ». Il écarta les figures parasites, les moments de communication inutiles, les ambitions personnelles et les entourages susceptibles d’alimenter les spéculations. Il éloigna notamment les éléments politiques ou religieux qui risquaient de détourner l’attention du dossier.

Mesereau voulait un procès, pas une croisade. Il ne voulait pas que la Nation of Islam, les fêtes de soutien, les conférences de presse ou les débats raciaux viennent parasiter l’affaire. Sa mission était de convaincre douze jurés de Santa Maria, non de séduire les chaînes d’information. Il approuva donc l’ordre de bâillon imposé par le juge Melville, estimant que les médias n’avaient pas à approcher les témoins ou les acteurs clés du dossier.

À l’intérieur de la salle d’audience, son travail commençait à porter ses fruits. Témoignage après témoignage, il mettait en évidence les contradictions de l’accusation, les fragilités des témoins, les incohérences de la famille Arvizo. Pourtant, à l’extérieur, de nombreux journalistes continuaient à raconter le procès comme si une condamnation était inévitable. Les analystes judiciaires, souvent ouvertement défavorables à Jackson, semblaient fascinés par la stratégie de l’accusation et peu attentifs aux dégâts causés par les contre-interrogatoires.

Le décalage entre le procès réel et son récit médiatique devenait immense. Dans la salle, les observateurs voyaient les accusations se fissurer. À la télévision, le public recevait surtout les éléments les plus spectaculaires : les bizarreries de Neverland, les vêtements de Jackson, les vieilles rumeurs, les détails humiliants. La réalité judiciaire, elle, se jouait ailleurs — dans les registres de sécurité, les contradictions de Janet Arvizo, les factures, les horaires, les allées et venues.

C’est précisément ce qu’allait montrer le témoignage de Brian Barron, ancien agent de sécurité de Neverland et officier de police local. Son rôle, au ranch, consistait notamment à assurer la sécurité des enfants invités par Michael Jackson. Lorsqu’il vint à la barre, il livra un récit qui contredisait frontalement l’un des piliers de l’accusation : l’idée que Janet Arvizo et ses enfants avaient été retenus prisonniers à Neverland.

Janet avait affirmé être restée terrée dans un logement pour invités, terrorisée, surveillée, incapable de circuler librement. Barron raconta tout autre chose. Il déclara avoir vu Janet se promener dans la propriété, passer plusieurs nuits avec ses enfants dans l’un des studios de danse, prendre régulièrement ses repas dans la résidence principale. Elle ne ressemblait pas à une femme enfermée. Elle ressemblait à une invitée qui circulait.

Barron précisa qu’au moins une trentaine d’autres personnes séjournaient à Neverland au même moment que les Arvizo, en février 2003. Parmi elles figuraient Miko Brando, fils de Marlon Brando, ainsi qu’Aldo et Marie Nicole Cascio, frère et sœur de Frank Cascio. Neverland n’avait rien d’un lieu clos, isolé, contrôlé par quelques hommes dans l’ombre. C’était un domaine traversé par des invités, des familles, du personnel, des enfants, des proches et des visiteurs.

L’ancien agent de sécurité insista : il n’avait jamais vu quoi que ce soit d’anormal à Neverland. S’il avait observé un problème, dit-il, il l’aurait signalé. Pour lui, le ranch était un endroit agréable où les enfants faisaient beaucoup de choses, souvent avec une grande liberté, et où ils étaient très bien traités.

Son témoignage fut particulièrement dévastateur sur la question de la prétendue fuite des Arvizo. Barron expliqua n’avoir jamais été informé que Janet ou ses enfants tentaient de s’échapper. Personne n’avait demandé de l’aide. Personne n’avait signalé une situation de danger. Les registres de sortie du ranch, projetés au jury, montraient au contraire des déplacements normaux, consignés par la sécurité.

Le 12 février 2003, par exemple, Jesus Salas avait conduit Janet et ses enfants hors de la propriété dans la Rolls-Royce de Michael Jackson. Le véhicule s’était arrêté au poste de sécurité, comme le voulait la procédure habituelle. Il n’y avait eu ni panique, ni disparition, ni fuite clandestine. La famille Arvizo n’avait pas été arrachée de Neverland dans le chaos. Elle était sortie par les voies normales, dans une voiture de luxe, sous le regard des agents de sécurité.

Un autre détail fragilisa encore davantage la thèse de la captivité. Barron expliqua que deux écoles privées se trouvaient de l’autre côté de la route, face à Neverland. Des parents, des professeurs et des responsables scolaires circulaient chaque jour sur Figueroa Mountain Road. Si Janet Arvizo s’était réellement crue prisonnière, menacée, retenue contre son gré, pourquoi n’avait-elle pas simplement traversé la route pour demander de l’aide ?

Cette question n’avait pas besoin d’être formulée longuement. Elle s’imposait d’elle-même. Neverland n’était pas une forteresse isolée dans le désert. Il y avait du passage, des écoles, des adultes, des voitures, des sorties enregistrées. La version de Janet se heurtait à la géographie même des lieux.

Barron confirma aussi que les Arvizo sortaient régulièrement dans les petites villes autour de Neverland. Les registres de sécurité indiquaient leurs déplacements. Les enfants jouaient dans la propriété, circulaient, profitaient des attractions. Janet bénéficiait, elle, d’un train de vie confortable, incluant des dépenses réglées par Neverland Valley Entertainment : soins, produits de beauté, achats personnels et autres frais. Là encore, l’image d’une famille prisonnière ne résistait pas aux documents.

À mesure que ce témoignage avançait, le récit de l’accusation semblait perdre sa colonne vertébrale. Si les Arvizo n’étaient pas retenus, si leurs sorties étaient enregistrées, si Janet circulait librement, si des écoles se trouvaient en face du ranch, si des dizaines d’invités étaient présents, si personne n’avait demandé d’aide, alors que restait-il de la théorie du complot ?

Dans la salle d’audience, certains observateurs commencèrent à comprendre que les charges de complot ne reposaient sur presque rien de solide. Quelques journalistes exprimèrent des doutes en coulisses, mais rares furent ceux qui osèrent le dire clairement à l’antenne. L’accusation semblait s’accrocher à une construction de plus en plus difficile à défendre.

Le problème était plus profond encore. Si le jury cessait de croire Janet Arvizo sur la captivité, il devenait plus difficile de la croire sur le reste. Les accusations les plus graves reposaient en grande partie sur la crédibilité de la famille Arvizo. Or chaque témoin du personnel de Neverland venait ajouter une contradiction : Janet n’était pas enfermée ; les enfants n’étaient pas surveillés comme elle le prétendait ; personne ne demandait secours ; les sorties étaient fréquentes ; le confort était réel ; le luxe était omniprésent.

L’accusation avait voulu présenter Janet comme une mère naïve, dépassée par la célébrité de Michael Jackson, effrayée par son entourage et piégée dans un monde trop grand pour elle. Mais plus les faits apparaissaient, plus cette image semblait artificielle. La défense révélait une femme qui connaissait les procédures, les avocats, les aides sociales, les plaintes civiles, les récits dramatiques et les bénéfices potentiels d’une accusation bien placée.

Janet disait avoir été trop terrifiée pour défier « ce Goliath » qu’était Michael Jackson. Pourtant, les témoignages et les registres montraient qu’elle partait, revenait, se déplaçait, achetait, se faisait conduire, parlait au personnel, prenait ses repas, dormait dans différents espaces, et bénéficiait d’un accès étendu à la propriété. La peur qu’elle décrivait semblait difficile à localiser dans les faits.

À ce stade, la théorie du complot commençait à nuire à l’accusation elle-même. En voulant ajouter à l’affaire des accusations d’enlèvement, de séquestration, de surveillance et de fuite au Brésil, le parquet avait construit un récit si lourd qu’il devenait presque impossible à soutenir. Chaque détail matériel le fragilisait. Chaque témoin de Neverland le contredisait. Chaque registre de sortie le rendait plus invraisemblable.

Le plus ironique était que cette théorie, censée renforcer l’affaire pénale, risquait d’affaiblir aussi les accusations principales. Si Janet mentait ou délirait sur le complot, pourquoi le jury devrait-il la croire sur le reste ? Si ses souvenirs étaient incohérents sur ses propres déplacements, comment faire confiance à son interprétation des faits les plus graves ? Si elle transformait un séjour luxueux en captivité, que transformait-elle encore ?

Au fil du procès, cette question devint centrale. Les médias continuaient à traquer les bizarreries de Michael Jackson. Mais dans la salle d’audience, c’était la crédibilité des Arvizo qui se désagrégeait. Et Brian Barron, en racontant simplement ce qu’il avait vu, venait de porter un coup considérable à l’un des récits les plus extravagants de l’accusation.

Neverland pouvait être étrange, excessif, imprudent, ouvert à trop de monde. Mais ce n’était pas la prison décrite par Janet Arvizo. Et, aux yeux du jury, cette différence pouvait tout changer.

Debbie Rowe à la barre : le témoin de l’accusation qui défendit Michael Jackson

Le jour où Thomas Mesereau mit fin à la présence de Brian Oxman dans l’équipe de défense, le procès sembla momentanément passer au second plan. Oxman, conseiller juridique de longue date de la famille Jackson, était devenu une présence étrange au tribunal : souvent aperçu les yeux fermés, il donnait l’impression d’être détaché d’une bataille judiciaire pourtant capitale. Aux yeux de Mesereau, il ne contribuait pas à la stratégie de défense. Pire : il risquait de lui nuire.

Le 21 avril 2005, Mesereau déposa devant la Cour un avis officiel de rupture d’association. Sur le parking du tribunal, les photographes captèrent une scène tendue : Mesereau pointant du doigt Oxman, visiblement excédé. Malgré la décision formelle, Oxman tenta encore de rejoindre la table de la défense dans la salle d’audience. Il fut immédiatement escorté vers la sortie par un huissier. La séquence fit les délices des tabloïds.

Jusqu’alors, le rôle d’Oxman était resté marginal. Les témoins étaient principalement interrogés par Tom Mesereau et Robert Sanger, avec un travail décisif de Susan Yu aux côtés de la défense. Mesereau portait l’essentiel du procès sur ses épaules. Dans la salle, beaucoup avaient le sentiment que Michael Jackson aurait préféré que l’affaire soit menée par ce trio resserré : Mesereau, Sanger et Yu, sans les satellites familiaux ni les avocats de façade.

Mesereau expliquera plus tard avoir tenté d’éviter une humiliation publique à Brian Oxman. Selon lui, l’avocat avait été prévenu qu’un avis de rupture serait déposé et qu’il devait se tenir à l’écart du tribunal. Oxman, en revenant malgré tout, offrit aux médias une scène inutile. Pour Mesereau, cela confirmait ce qu’il redoutait : certains gravitant autour de la famille Jackson ne savaient pas renoncer à la lumière, même lorsque la liberté de Michael était en jeu.

Dans ce contexte déjà tendu, Debbie Rowe apparut comme l’un des témoins les plus inattendus du procès. Ancienne épouse de Michael Jackson, mère de Prince et Paris, elle était appelée par l’accusation. À première vue, son témoignage pouvait sembler dangereux pour la défense. Elle avait coopéré avec les shérifs de Santa Barbara, accepté de passer des appels téléphoniques enregistrés à certains collaborateurs de Michael et participé à l’enquête sur la vidéo de réponse tournée après le documentaire de Martin Bashir.

Mais son passage à la barre prit rapidement une tournure bien différente de celle espérée par l’accusation.

Debbie Rowe parla d’abord de sa participation au droit de réponse vidéo. Elle expliqua que Ian Drew, l’homme chargé de l’interview, avait préparé une longue série de questions. Elle assura que ses réponses avaient été spontanées et honnêtes. Elle reconnut seulement avoir menti sur un point : lorsqu’elle avait déclaré faire encore partie de la famille de Michael. Selon elle, cette phrase visait à protéger les enfants et à éviter certaines questions médiatiques.

Elle raconta avoir accepté l’interview avec enthousiasme. Elle voulait répondre aux attaques provoquées par le documentaire de Bashir, qu’elle jugeait négatif, déformé et fondé sur une incompréhension profonde de Michael Jackson. Elle espérait aussi que sa coopération lui permettrait de revoir ses enfants, qu’elle n’avait pas vus depuis deux ans, et peut-être même de renouer une relation avec Michael.

Debbie Rowe expliqua qu’on lui avait promis une visite à Neverland, mais que celle-ci n’avait jamais eu lieu. Après des mois d’appels, de promesses et d’attente, elle avait fini par saisir le tribunal des affaires familiales afin de restaurer ses droits parentaux. Mesereau tenta de qualifier cette situation de différend avec Michael Jackson, mais Rowe refusa presque ce mot. Elle ne voulait pas paraître hostile à son ex-mari. À la barre, ses regards vers lui étaient remplis de regret, de tendresse et d’une forme de douleur.

Elle reconnut avoir accepté d’appeler Marc Shaffel, Ian Drew et Dieter Wiesner à la demande des enquêteurs, en sachant que les conversations seraient enregistrées. Ces hommes avaient participé à la préparation de la vidéo de réponse. Mais au lieu d’établir un lien direct entre Michael Jackson et une quelconque conspiration, le témoignage de Debbie Rowe fit apparaître autre chose : un entourage opaque, opportuniste, parfois manipulateur, agissant souvent sans que Michael soit pleinement informé.

Mesereau comprit immédiatement l’intérêt de ce témoignage. Il orienta ses questions vers la méfiance de Debbie Rowe envers les associés de Jackson. Elle admit n’avoir jamais fait confiance à Marc Shaffel, Dieter Wiesner ou Ronald Konitzer. Selon elle, ces hommes travaillaient ensemble pour exploiter le nom de Michael Jackson et tirer profit de la crise provoquée par le documentaire de Bashir.

Elle déclara que Shaffel cherchait constamment à profiter de Michael. Elle pensait qu’il le manipulait pour gagner de l’argent. Elle affirma également que Dieter et Konitzer agissaient dans le même esprit. À ses yeux, ces trois hommes formaient un groupe d’opportunistes ayant compris que le chaos médiatique autour de Jackson pouvait devenir une source de revenus.

Ce point était crucial pour la défense. L’accusation voulait démontrer que Michael Jackson avait participé à un complot avec ses associés. Debbie Rowe, témoin appelée par l’accusation, expliquait au contraire que ces hommes pouvaient agir dans leur propre intérêt, parfois sans consulter Michael, parfois en le tenant à distance.

Rowe déclara que, depuis longtemps, Jackson était souvent déconnecté des décisions prises par ceux qui géraient ses affaires. Les responsables autour de lui prenaient des décisions en son nom, parfois sans lui demander son avis. Selon elle, c’était précisément ce qui s’était produit avec Shaffel, Dieter et Konitzer. Cette phrase affaiblissait considérablement la thèse d’un Michael Jackson maître d’œuvre d’une conspiration.

Plus Mesereau l’interrogeait, plus Debbie Rowe semblait émue. Elle confirma que ses propos positifs dans la vidéo de réponse étaient sincères. Elle n’avait pas été payée pour cette interview. Elle l’avait faite parce qu’elle estimait que Bashir avait donné de Michael une image injuste. Elle voulait rétablir quelque chose.

Elle répéta plusieurs éléments essentiels devant le jury : Michael était un bon père. Michael avait le sens de la famille. Michael comptait encore pour elle. Elle rappela qu’au moment du divorce, elle lui avait laissé la garde exclusive des enfants. En parlant de lui, ses yeux se remplissaient de larmes. Elle semblait à la fois blessée, nostalgique et incapable de couper le lien affectif qui l’unissait encore à lui.

Michael Jackson, lui, demeurait distant. Il ignorait presque ses regards. Cette froideur disait aussi quelque chose. Même si Debbie Rowe parlait favorablement de lui, elle témoignait pour l’accusation. Elle avait coopéré avec les enquêteurs dans un procès criminel susceptible de l’envoyer en prison. Pour Jackson, cette loyauté tardive ne suffisait peut-être pas à effacer la blessure.

Rowe expliqua également avoir été inquiète au sujet des hommes qui entouraient Michael en 2003. Elle avait tenté de joindre son ancien patron, le docteur Arnold Klein, pour établir un contact direct avec Jackson, car elle ne savait pas si ses associés étaient honnêtes avec elle. Elle avait le sentiment qu’ils se servaient d’elle.

Mesereau l’interrogea alors sur Marc Shaffel. Debbie Rowe déclara que Shaffel lui avait parlé d’argent, de millions, de revenus liés à la vidéo de réponse. Il lui aurait expliqué qu’une partie de l’argent gagné servait à rembourser une dette que Michael Jackson aurait envers lui. Rowe ne croyait pas à ses justifications. Elle voyait surtout un homme se vantant d’avoir transformé une crise en opportunité commerciale.

Elle qualifia les associés de Michael de menteurs, puis de « vautours opportunistes ». Selon elle, Shaffel, Dieter et Konitzer avaient prétendu vouloir régler les problèmes liés au documentaire de Bashir, tout en cherchant à en tirer profit. Cette accusation, venue d’un témoin de l’accusation, tombait exactement dans la logique de la défense : Michael Jackson était entouré de gens qui utilisaient son nom, exploitaient ses crises, prenaient des décisions autour de lui, et pouvaient ensuite laisser croire qu’il en était l’instigateur.

Le témoignage de Debbie Rowe eut donc un effet paradoxal. L’accusation l’avait appelée pour renforcer la théorie du complot. Elle contribua plutôt à la détruire. Elle ne présenta pas Michael comme un homme dangereux ou calculateur, mais comme un père aimant, vulnérable, entouré d’associés qu’elle jugeait peu fiables. Elle ne décrivit pas un chef d’orchestre criminel, mais un homme souvent éloigné des décisions prises en son nom.

À travers ses mots, le jury entrevoyait un Michael Jackson de plus en plus isolé. Un artiste mondialement célèbre, mais dépendant d’un entourage opaque. Un homme capable d’inspirer encore de la tendresse à son ex-épouse, mais incapable de savoir exactement qui, autour de lui, agissait par loyauté, par intérêt ou par opportunisme.

En quittant la barre, Debbie Rowe n’avait pas livré le témoignage destructeur que l’accusation pouvait espérer. Elle avait révélé autre chose : la solitude de Michael Jackson au milieu de ceux qui prétendaient le protéger. Et, peut-être plus encore, la facilité avec laquelle sa vie, son image, sa crise médiatique et jusqu’à ses enfants pouvaient devenir les instruments d’ambitions étrangères aux siennes.

Michael Jackson ruiné ? La thèse financière qui s’est retournée contre l’accusation

Lorsque l’accusation présenta un rapport décrivant Michael Jackson comme un homme au bord du gouffre financier, l’effet recherché était clair : montrer que la crise provoquée par le documentaire de Martin Bashir aurait menacé non seulement son image, mais aussi son empire économique. Selon cette logique, Jackson aurait eu un mobile : protéger sa carrière, sauver sa fortune, neutraliser la famille Arvizo et empêcher qu’un nouveau scandale ne précipite sa chute.

Pour soutenir cette thèse, le parquet fit appel à J. Duross O’Bryan, expert-comptable chargé d’expliquer au jury l’ampleur des dépenses de la pop star. Selon lui, Michael Jackson dépensait entre 20 et 30 millions de dollars par an, accumulant les dettes depuis plusieurs années. En 2003, sa dette aurait atteint environ 224 millions de dollars. L’expert affirma que Jackson empruntait régulièrement en mettant en garantie certains de ses actifs, notamment sa part dans le catalogue Sony/ATV.

Sur le papier, les chiffres étaient vertigineux. O’Bryan décrivit un artiste dont le train de vie dépassait largement ses liquidités immédiates : millions en frais juridiques et professionnels, millions pour la sécurité et l’entretien de Neverland, millions en assurances, millions en dépenses personnelles. Aux yeux du jury, l’échelle même des montants semblait presque irréelle. La plupart des gens ne pouvaient pas se représenter ce que signifiait dépenser chaque année davantage que le budget d’une petite entreprise.

L’accusation voulait faire passer Jackson pour un homme financièrement désespéré. Un homme assez menacé pour avoir besoin de contrôler les Arvizo après le documentaire de Bashir. Mais cette hypothèse posait un problème majeur : Michael Jackson n’était pas simplement un homme endetté. Il possédait aussi des actifs d’une valeur exceptionnelle, parmi lesquels le catalogue MIJAC, Neverland et surtout sa part du catalogue Sony/ATV, évalué à l’époque à environ un milliard de dollars.

Le témoignage d’O’Bryan reposait en outre sur des informations incomplètes. L’expert ne disposait pas de l’ensemble des relevés bancaires ni de toutes les données financières de Jackson. Il travaillait principalement à partir de courriers échangés avec des conseillers financiers, rassemblés dans plusieurs cartons. Ses conclusions donnaient donc une image partielle : elles décrivaient les dettes, les alertes, les tensions de trésorerie, mais pas nécessairement la totalité de la valeur patrimoniale ni les possibilités réelles de financement de Jackson.

Pour la famille Jackson et la défense, l’autorisation donnée à l’accusation d’exposer les finances personnelles de Michael était scandaleuse. Le parquet l’avait obtenue en arguant que la situation financière de Jackson en 2003 expliquait son prétendu mobile. Mesereau avait tenté de limiter cette exposition à la période strictement pertinente, février-mars 2003. Le juge Melville refusa d’aller aussi loin, se contentant d’interdire la divulgation de la situation financière actuelle de Jackson.

Le résultat fut une plongée dans cinq années de comptes, de dettes, de prêts, de garanties et de graphiques financiers. Pour des jurés peu familiers des structures patrimoniales multimillionnaires, l’ensemble était difficile à absorber. L’accusation voulait simplifier le tableau : Jackson dépensait trop, devait trop, et avait donc tout à perdre après Bashir. Mais Mesereau allait rapidement démontrer que cette équation était bien trop commode.

Son contre-interrogatoire s’ouvrit sur une hypothèse simple. Supposons, dit-il en substance, que les conclusions d’O’Bryan soient exactes. Supposons que Jackson ait bien eu environ 200 millions de dollars de dette liée à Sony/ATV, 24 millions sur MIJAC et plus de 10 millions dus à des vendeurs. Supposons même que la situation soit préoccupante. En quoi un droit de réponse télévisé susceptible de rapporter environ 7 millions de dollars aurait-il pu changer quoi que ce soit ?

O’Bryan dut le reconnaître : 7 millions de dollars ne représentaient pas une somme capable de résoudre une dette de cette ampleur. Mesereau en tira une conclusion presque ironique : dans une telle situation, commettre un crime pour protéger ou obtenir 7 millions de dollars n’aurait aucun sens économique.

La thèse du mobile financier se fissurait. Si Jackson faisait face à des montants de plusieurs centaines de millions, alors les revenus potentiels liés à une émission de télévision ne pesaient presque rien. L’accusation voulait faire croire que la vidéo de réponse, les Arvizo et la crise Bashir étaient au cœur d’un enjeu financier vital. Mais les chiffres eux-mêmes affaiblissaient cette idée.

Mesereau poussa ensuite l’expert dans ses limites. O’Bryan avait donné une opinion sur les dettes, les dépenses et les liquidités de Jackson. Mais il reconnut ne pas connaître avec exactitude la valeur totale de son patrimoine en 2002-2003. Il n’avait pas été engagé pour évaluer précisément le catalogue Sony/ATV. Il n’avait pas mandaté d’expert indépendant pour en déterminer la valeur. Il s’appuyait sur des documents existants, dont une lettre de 2003 indiquant que le catalogue était estimé à plus d’un milliard de dollars.

Ce point était essentiel. Si le catalogue valait environ un milliard de dollars, la part de Michael Jackson représentait potentiellement une valeur considérable, même après dettes et impôts. Mesereau suggéra qu’en vendant ou en mobilisant cette part, Jackson aurait pu régler une partie majeure de ses problèmes. O’Bryan tenta de nuancer : Jackson ne détenait que la moitié du catalogue, des emprunts étaient attachés à ses actifs, Sony devait être partie prenante à certaines décisions. Mais l’idée était posée : Jackson n’était pas un homme sans ressources. Il était un homme dont la fortune était complexe, partiellement illiquide, mais immense.

L’avocat rappela aussi que le catalogue Sony/ATV contenait des droits liés aux Beatles et à d’autres artistes majeurs. O’Bryan ne pouvait pas préciser exactement l’étendue de ces droits. Il ne savait pas quels artistes y figuraient en détail. Il n’était pas spécialiste de l’industrie musicale. Il ignorait même si certaines estimations ultérieures évaluaient ce catalogue à plusieurs milliards. Sa compétence comptable ne suffisait pas à mesurer la puissance stratégique d’un actif aussi particulier.

Puis Mesereau aborda une autre dimension : les opportunités professionnelles. Michael Jackson n’était pas un débiteur ordinaire. Il était l’un des artistes les plus célèbres de l’histoire. Un simple projet de tournée, de résidence, de partenariat commercial ou de vente de droits pouvait changer son équilibre financier en très peu de temps. L’avocat demanda si O’Bryan savait que Jackson s’était vu proposer 100 millions de dollars en 2002 pour une tournée américaine. L’expert l’ignorait.

Ce fut un moment important. O’Bryan pouvait additionner des dettes, lire des lettres de conseillers et établir des courbes de dépenses. Mais il ne connaissait pas réellement le marché dans lequel Michael Jackson évoluait. Il ne pouvait pas évaluer les offres potentielles, les revenus de tournée, les produits dérivés, les contrats internationaux, les opportunités de licence ou l’impact commercial d’un artiste de cette envergure.

Sous les questions de Mesereau, l’expert dut également admettre que Michael Jackson n’avait jamais fait faillite. Malgré ses dettes, malgré ses emprunts, malgré son train de vie extravagant, il n’avait pas été placé en banqueroute. Cette distinction comptait. Être endetté n’est pas être ruiné. Avoir des liquidités tendues n’est pas être sans valeur. Et disposer d’actifs extraordinaires change radicalement la lecture d’une situation financière.

La défense fit donc apparaître une autre réalité : Michael Jackson pouvait être mal conseillé, dépensier, imprudent, fortement endetté, mais il restait propriétaire d’actifs capables de mobiliser des centaines de millions de dollars. Le présenter comme un homme aux abois, prêt à commettre des crimes pour protéger quelques millions liés à une émission de télévision, relevait d’un raccourci.

Plus le contre-interrogatoire avançait, plus l’assurance d’O’Bryan semblait se réduire. Il avait été appelé pour donner au jury une vision structurée d’une crise financière. Mais Mesereau montrait que cette crise, même réelle, ne prouvait pas le mobile avancé par l’accusation. L’expert ne connaissait pas toutes les données. Il n’avait pas évalué tous les actifs. Il ignorait certaines opportunités majeures. Il n’était pas spécialiste de l’industrie du disque. Et il ne pouvait pas contester qu’une personnalité de la taille de Michael Jackson pouvait, en théorie, résoudre une partie importante de ses problèmes financiers très rapidement.

À la fin de cette séquence, la stratégie du parquet paraissait moins solide. L’accusation voulait démontrer que Jackson avait participé à un complot parce qu’il risquait la ruine. Mais la défense avait ramené le débat à une évidence : un homme possédant une part d’un catalogue musical évalué à plus d’un milliard de dollars, propriétaire de droits musicaux majeurs et capable de générer des offres professionnelles colossales, ne pouvait pas être réduit à l’image d’un homme désespéré pour 7 millions de dollars.

Ce témoignage, censé illustrer le mobile financier, finit donc par exposer une nouvelle faiblesse de l’accusation. Michael Jackson avait peut-être de graves problèmes de gestion. Il avait peut-être accumulé des dettes spectaculaires. Il avait peut-être vécu au-dessus de ses liquidités. Mais rien, dans cette démonstration comptable incomplète, ne permettait d’établir qu’il aurait eu besoin d’enlever, de contrôler ou de faire taire la famille Arvizo pour sauver son empire.

L’accusation avait voulu montrer un homme ruiné. Mesereau fit apparaître un homme mal géré, mais encore assis sur une fortune monumentale. Et cette nuance suffisait à affaiblir l’un des mobiles les plus ambitieux du dossier.

Quand la défense reprend la main : le tournant Wade Robson

À l’approche de la fin des témoignages de l’accusation, une audience fut consacrée à la question des preuves susceptibles d’appuyer l’accusation de complot. Gordon Auchincloss demanda à pouvoir présenter certains e-mails saisis lors de la perquisition, censés révéler les échanges internes de la « cellule de crise » mise en place autour de Michael Jackson après le documentaire de Martin Bashir. Ces messages faisaient référence à la famille Arvizo et, selon l’accusation, devaient démontrer l’état de panique qui régnait alors dans l’entourage de la star.

Le bureau du procureur voulait construire un faisceau de preuves circonstancielles. Dans son récit, Michael Jackson n’était pas seulement une célébrité dépassée par une crise médiatique : il était le chef d’orchestre d’une opération destinée à contrôler les Arvizo, à protéger son image et à préserver des intérêts financiers liés au droit de réponse télévisé. L’accusation présenta notamment les contrats conclus avec Fox TV, censés montrer que Jackson et plusieurs de ses associés avaient un intérêt économique à produire et diffuser une vidéo favorable à la star.

Mais cette démonstration avait une faille majeure : aucun e-mail ne liait directement Michael Jackson à la stratégie alléguée. Aucun enregistrement téléphonique ne permettait de l’entendre donner des instructions. Aucun document ne prouvait qu’il connaissait les intentions exactes de Marc Shaffel, Ronald Konitzer ou Dieter Wiesner. Tom Mesereau souligna même que Jackson ne possédait pas de téléphone portable, ce qui rendait impossible l’établissement précis de ses conversations supposées. Pour le jury, cette absence de lien direct pesait lourd.

Auchincloss tenta de retourner l’argument. Selon lui, la défense semblait admettre qu’il se passait quelque chose autour de Jackson, tout en niant son implication personnelle. Pour le procureur, l’association durable entre Jackson et ses collaborateurs suffisait à faire entrer la pop star dans le cercle du complot. Les millions prévus par les contrats avec Fox devaient, selon l’accusation, montrer que tout le monde avait intérêt à préserver l’image de Michael.

Mais l’argument restait fragile. Que des collaborateurs aient eu intérêt à exploiter la crise Bashir ne prouvait pas que Jackson avait participé à une entreprise criminelle. Que Fox ait payé pour diffuser un droit de réponse ne prouvait pas que les Arvizo avaient été enlevés, retenus ou manipulés par ordre de Michael. Plus l’accusation insistait sur les contrats, les flux d’argent et les e-mails périphériques, plus elle semblait contourner le problème central : aucune preuve directe ne reliait Jackson au prétendu complot.

À mesure que cette théorie se développait, elle paraissait de moins en moins convaincante. Le parquet voulait démontrer une « conscience de culpabilité » chez Jackson et ses associés. Mais les documents montraient surtout une équipe paniquée par une crise médiatique, des collaborateurs attirés par l’argent et une opération de communication confuse. Ce n’était pas la même chose qu’un complot criminel.

Avant que la défense ne commence à appeler ses propres témoins, Robert Sanger demanda au juge Melville de rejeter les charges. Hors la présence du jury, il dénonça les contradictions de Janet, Star, Davellin et Gavin Arvizo. Selon lui, leurs déclarations étaient délibérément fausses. Il insista notamment sur les changements de dates concernant les incidents allégués.

Sanger soutint que Gavin avait d’abord situé certains faits avant le droit de réponse vidéo, avant de modifier sa chronologie lorsque la famille comprit que des enregistrements antérieurs la montraient en train de faire l’éloge de Michael Jackson. Selon la défense, les Arvizo avaient déplacé les dates pour rendre leur récit compatible avec les preuves déjà existantes. Pour Sanger, il ne s’agissait pas de simples imprécisions : c’était une fabrication.

Le juge Melville refusa toutefois de rejeter l’affaire. Il fit revenir le jury et invita la défense à présenter son premier témoin.

Thomas Mesereau ouvrit alors la séquence de la défense dans son style habituel : sans emphase, sans théâtre, sans posture hollywoodienne. Il se présentait simplement à chaque témoin en disant qu’il représentait Michael Jackson. Il désignait l’accusation par le mot « gouvernement », comme pour rappeler que son client n’était pas opposé à des rumeurs ou à des journalistes, mais à la puissance de l’État.

Le premier témoin appelé fut Wade Robson, vingt-deux ans. Danseur et chorégraphe reconnu, il avait enseigné la danse dès l’âge de douze ans et signé ses premières chorégraphies de clips à quatorze. Dans l’industrie musicale, son nom était déjà installé. Il avait notamment travaillé avec Britney Spears.

Robson raconta avoir rencontré Michael Jackson à l’âge de cinq ans, en Australie, pendant le Bad Tour. Il avait participé à un concours de danse organisé autour de la tournée, l’avait gagné, puis rencontré Jackson en coulisses. La star, impressionnée par son style, l’avait fait monter sur scène. Deux ans plus tard, Wade et sa mère étaient partis à sa recherche en Californie, espérant que Jackson pourrait aider la carrière du jeune garçon. Ils le retrouvèrent dans un studio d’enregistrement et lui montrèrent des vidéos de ses chorégraphies.

À partir de là, une amitié s’était formée. Robson expliqua qu’il avait visité Neverland pour la première fois à sept ans, avec sa famille. Après son installation à Los Angeles avec sa mère Joy et sa sœur Chantel, il continua à voir Jackson. Il estima avoir séjourné à Neverland une vingtaine de fois, peut-être vingt-cinq. La plupart de ces séjours duraient un week-end ; le plus long, selon ses souvenirs, environ une semaine ou une semaine et demie.

Mesereau posa alors la question centrale. Wade Robson savait-il qu’on l’associait désormais, dans le procès, à des accusations visant Michael Jackson ? Oui. Jackson avait-il déjà eu avec lui un comportement sexuel ? Non. L’avait-il touché de manière inappropriée ? Non. La réponse fut nette, calme, sans détour.

Robson expliqua qu’il avait souvent passé du temps dans la chambre de Michael. Ils regardaient des films, jouaient aux jeux vidéo, faisaient des batailles de polochons. Il nia avoir pris une douche avec lui. Il confirma être déjà allé dans le jacuzzi avec Jackson, mais précisa qu’ils portaient des maillots de bain et que rien d’inapproprié ne s’était jamais produit.

Pour la défense, ce témoignage était décisif. L’accusation avait obtenu le droit d’évoquer d’anciens garçons présents dans la vie de Michael Jackson afin de suggérer un schéma. Or l’un de ces garçons venait dire au jury que ce schéma n’existait pas, du moins en ce qui le concernait. Il ne se présentait pas comme une victime silencieuse. Il affirmait au contraire que l’amitié avait été réelle et non abusive.

Ron Zonen tenta de fragiliser son témoignage lors du contre-interrogatoire. Il rappela que Jackson avait aidé Robson dans sa carrière, qu’il l’avait fait apparaître dans certains clips, notamment Black or White. Il suggéra que Robson pouvait avoir des raisons de protéger Michael. Mais Robson ne varia pas. Il reconnut l’aide reçue, l’amitié, les séjours à Neverland, les nuits passées dans la même chambre. Il nia tout comportement déplacé.

Zonen insista, demandant si Michael lui avait déjà montré des gestes de danse suggestifs ou touché le corps de manière ambiguë pendant des chorégraphies. Robson répondit non. Le procureur essaya encore, reformula, revint à la charge. Toujours non.

À mesure que les questions se répétaient, certains jurés semblèrent agacés. Zonen donnait l’impression de vouloir forcer le témoin à dire quelque chose qu’il refusait de dire parce que, selon lui, cela n’avait jamais eu lieu. Robson finit par résumer lui-même la situation : il disait qu’il ne s’était rien passé.

Le moment le plus révélateur survint lorsque Zonen suggéra que, si un geste s’était produit pendant son sommeil alors qu’il était enfant, il n’en aurait peut-être rien su. Robson répondit qu’une chose pareille l’aurait probablement réveillé. La remarque fit réagir plusieurs jurés. Elle ramenait le débat à une forme de bon sens que l’accusation semblait avoir perdue.

Avec Wade Robson, la défense venait de faire entrer une autre réalité dans la salle d’audience. Oui, Michael Jackson avait entretenu des amitiés étroites avec de jeunes garçons. Oui, certains avaient séjourné à Neverland, dormi dans sa chambre, joué avec lui, voyagé dans son univers. Mais l’un de ces garçons, devenu adulte, chorégraphe reconnu, parfaitement capable de parler pour lui-même, affirmait qu’aucun comportement criminel n’avait eu lieu.

L’accusation voulait transformer le passé de Michael Jackson en preuve à charge. Mesereau commençait à le retourner : si ces garçons venaient dire qu’ils n’avaient jamais été victimes, alors les anciens dossiers ne démontraient plus un schéma criminel. Ils démontraient peut-être autre chose : l’étrangeté d’un adulte resté accroché à l’enfance, mais pas nécessairement la culpabilité que le parquet voulait imposer au jury.