Larry Feldman à la barre : l’argent, les anciens dossiers et l’ombre de 1993

Le 1er avril, une atmosphère lourde pesait sur Santa Maria. À l’extérieur du tribunal, les fans de Michael Jackson semblaient partagés entre colère, inquiétude et lassitude. Beaucoup ne comprenaient pas que le juge ait autorisé l’accusation à faire entrer dans le procès des accusations anciennes, sans lien direct avec le dossier Arvizo. Ils y voyaient une manœuvre destinée à salir l’image de Jackson, à réveiller de vieux soupçons et à détourner le jury des contradictions déjà apparues dans les témoignages de Gavin, Star et Janet.

Pour les supporters massés chaque matin devant le tribunal, l’affaire prenait une tournure inquiétante. Ils avaient le sentiment que Michael Jackson était jugé non seulement pour ce dont on l’accusait en 2005, mais pour toute l’histoire médiatique accumulée autour de lui depuis 1993. Beaucoup redoutaient qu’une condamnation signifie la fin de sa vie publique, voire de sa vie tout court. Thomas Mesereau partageait cette gravité. Il confiera plus tard avoir traité ce dossier comme un procès où la peine de mort aurait été en jeu, convaincu que Jackson ne survivrait pas à la prison.

Les fans continuaient pourtant de venir, parfois dès six heures du matin, sous la pluie ou dans le froid, dans l’espoir d’obtenir une place à l’audience. Ceux qui entraient dans la salle d’audience en ressortaient souvent furieux contre les médias. Selon eux, les journalistes sélectionnaient les passages les plus défavorables à Jackson et ignoraient les moments où la défense marquait des points. Ils voyaient un fossé grandissant entre le procès réel et le récit télévisé.

Ce jour-là, une pièce majeure du dossier allait être examinée : le rôle de Larry Feldman, l’avocat qui avait représenté Jordan Chandler dans l’affaire de 1993, puis rencontré la famille Arvizo dix ans plus tard. Son arrivée à la barre avait quelque chose d’imposant. Avocat de très haut niveau, parfaitement habillé, sûr de lui, Feldman incarnait une certaine aristocratie du contentieux civil américain.

Tom Sneddon prit soin de présenter son parcours. Feldman était sorti major de sa promotion à la faculté de droit de Loyola, exerçait depuis 1969, travaillait dans un cabinet gigantesque disposant de bureaux à Los Angeles, New York, Washington, Chicago, Shanghai et ailleurs. Il avait représenté toutes sortes de clients, depuis des salariés blessés jusqu’à des syndicats et des avocats accusés de faute professionnelle. Il appartenait à des cercles professionnels très sélectifs, réservés à une infime partie des avocats américains.

Le message était clair : l’accusation voulait installer Feldman comme un professionnel irréprochable, un homme dont la parole devait peser lourd. Sneddon mentionna même qu’il avait représenté Johnnie Cochran, célèbre avocat d’O.J. Simpson. Le choix de ce nom n’était pas anodin. Il inscrivait Feldman dans l’univers des grands procès américains, des dossiers médiatiques et des avocats capables de déplacer l’opinion.

Puis le procureur aborda l’affaire Chandler. En 1993, Jordan Chandler, alors âgé de treize ans, avait été représenté par plusieurs avocats avant d’arriver chez Feldman. Celui-ci confirma avoir déposé une plainte civile contre Michael Jackson devant la Cour supérieure de Los Angeles. L’affaire n’avait jamais été jugée : elle s’était conclue par un accord financier au bénéfice de Jordan Chandler. Feldman ne se souvenait même pas exactement si l’accord avait été finalisé en 1993 ou en 1994. Sneddon ne s’attarda pas sur cette imprécision.

Le procureur préféra avancer jusqu’en 2003, lorsque l’avocat Bill Dickerman adressa à Feldman une autre famille : les Arvizo. Feldman expliqua avoir rencontré Janet, Gavin, Star et Davellin dans son cabinet de Santa Monica. À l’origine, selon lui, la famille voulait envisager une action contre Martin Bashir et la société britannique liée au documentaire Living with Michael Jackson. Leur grief principal portait sur le fait que les enfants avaient été filmés sans véritable accord.

Feldman déclara avoir suivi sa procédure habituelle : écouter les faits, analyser la loi, évaluer le dossier. Mais il expliqua qu’il avait eu du mal à démêler ce que racontaient les Arvizo. Il décida donc de faire appel au psychologue Stanley Katz. Ce choix attira immédiatement l’attention : Katz était le même psychologue déjà intervenu dans l’affaire Chandler. Pour la défense, cette répétition n’avait rien d’anodin.

Selon Feldman, Katz devait évaluer la nature et la gravité des affirmations des Arvizo. Davellin ne posait pas réellement problème, dit-il ; en revanche, Janet, Star et Gavin nécessitaient l’intervention d’un spécialiste. Après plusieurs rencontres entre Katz et les Arvizo, le psychologue rédigea un rapport. C’est à la suite de ce rapport que Feldman décida de contacter le Département des services à la famille et aux enfants de Los Angeles, puis, sur recommandation de cet organisme, le procureur Tom Sneddon.

À la barre, Feldman insista sur un point : il n’avait, selon lui, aucune intention initiale de poursuivre Michael Jackson au civil. Il affirma représenter les Arvizo dans une éventuelle action contre Bashir. Il ajouta avoir mis fin à sa relation avec la famille en octobre 2003. Mais cette affirmation fut bientôt nuancée. Feldman reconnut avoir encore travaillé pour les Arvizo en 2004, notamment lorsqu’il envisagea une action contre la DCFS après une fuite ayant révélé l’identité de la famille à la presse.

Lorsque Thomas Mesereau commença son contre-interrogatoire, la tension changea de nature. L’échange ressemblait moins à une audition classique qu’à un duel entre avocats de haut niveau. Mesereau alla immédiatement au cœur du sujet : l’argent.

Il voulait faire comprendre au jury que, si Michael Jackson était condamné au pénal, Gavin et Star Arvizo pourraient ensuite engager une action civile beaucoup plus facilement. Une condamnation établirait déjà la responsabilité de Jackson. Il ne resterait alors qu’à discuter du montant des dommages et intérêts. Feldman, après quelques précautions, admit l’essentiel : oui, une condamnation pénale faciliterait considérablement une procédure civile.

Ce moment fut crucial. Mesereau venait d’obtenir de l’ancien avocat de Jordan Chandler la reconnaissance d’un intérêt financier potentiel. Si le procès pénal aboutissait à une condamnation, les Arvizo pourraient s’en servir pour réclamer de l’argent. Ce n’était pas une hypothèse abstraite : c’était le mécanisme même que la défense voulait exposer.

Mesereau poursuivit en suggérant qu’une condamnation pénale épargnerait à un avocat civil une partie importante des frais d’enquête et de préparation. Feldman tenta de résister. Il expliqua que ce n’était pas aussi simple, qu’un procès civil entraînerait malgré tout des coûts, des honoraires, des démarches. Mais il finit par admettre qu’une condamnation au pénal réduirait fortement la durée et la complexité d’un éventuel procès civil.

L’échange devint rapidement technique. Feldman contestait presque chaque formulation. Mesereau, lui, cherchait à maintenir une ligne simple pour le jury : l’affaire pénale pouvait servir de marchepied à une action civile lucrative. Derrière les mots d’avocats, c’était la motivation possible des Arvizo qui se trouvait mise en lumière.

Puis Mesereau revint sur l’affaire Chandler. Il rappela que Michael Jackson avait porté plainte pour extorsion dans le cadre de cette affaire. Il tenta de montrer que le dossier civil de 1993 avait été bien plus complexe que le simple récit d’un enfant victime indemnisé. Feldman se montra prudent, parfois évasif, affirmant ne plus se souvenir de certains détails vieux de douze ans.

L’avocat de Jackson élargit ensuite son attaque. Il interrogea Feldman sur son rôle auprès des parents de Janet Arvizo. La défense avait cherché à examiner leurs comptes bancaires afin de savoir si Janet ou David Arvizo y avaient éventuellement déposé de l’argent. Feldman reconnut avoir empêché l’accès à ces documents, expliquant qu’il voulait éviter d’entraîner dans la mêlée judiciaire des parents âgés ne parlant pas anglais.

Mesereau y voyait autre chose : une tentative d’empêcher la défense de vérifier d’éventuels mouvements financiers. Le ton monta. Sneddon objecta, accusant Mesereau d’agresser le témoin. Mais l’avocat de la défense s’appuyait sur des documents judiciaires. Feldman dut admettre qu’il avait travaillé gratuitement non seulement pour Janet et ses enfants, mais aussi pour ses parents et même conseillé le nouveau mari de Janet, le major Jay Jackson, au sujet d’un mandat visant ses dossiers militaires.

Cette accumulation était importante. Feldman affirmait avoir cessé de représenter les Arvizo, mais son nom réapparaissait régulièrement autour d’eux. Il avait représenté Jordan Chandler en 1993, reçu les Arvizo en 2003, orienté la famille vers Stanley Katz, contacté Sneddon, envisagé une action contre la DCFS, protégé les parents de Janet contre certaines demandes de la défense et conseillé le nouveau mari de Janet. Aux yeux de Mesereau, Feldman n’était pas un simple témoin périphérique : il était un nœud central reliant plusieurs dimensions du dossier.

L’avocat de la défense l’interrogea aussi sur ses échanges avec Tom Sneddon, à la fois dans l’affaire Arvizo et dans l’affaire Chandler. Feldman reconnut avoir parlé à Sneddon à plusieurs reprises en 2003, sans pouvoir préciser exactement combien de fois. Concernant 1993, il affirma ne plus se souvenir clairement de la nature ou du nombre de leurs contacts. Il disait avoir surtout traité avec des avocats de Los Angeles et ne pas avoir une mémoire détaillée de discussions anciennes.

Dans la salle, certains observateurs eurent le sentiment que Feldman éludait. À chaque question précise, il opposait la complexité des dates, des procédures, des souvenirs lointains. Pourtant, pour la défense, le point essentiel était posé : l’avocat des Chandler était aussi celui par qui les Arvizo étaient passés avant que leur récit ne prenne une tournure criminelle.

L’intérêt de l’affaire Chandler, dès lors, devenait évident. Ce n’était pas seulement une vieille accusation rouverte par l’accusation pour nuire à Jackson. C’était aussi, pour la défense, le modèle d’un schéma possible : un adolescent, une famille, un avocat civil, un psychologue, des accusations graves, un règlement financier considérable. Dix ans plus tard, la famille Arvizo semblait suivre une trajectoire qui, du point de vue de Mesereau, présentait des ressemblances troublantes.

Ce jour-là, Larry Feldman avait été appelé comme témoin susceptible de renforcer l’accusation. Mais son passage à la barre permit surtout à la défense de faire entrer dans l’esprit du jury une question simple et redoutable : si Michael Jackson était condamné, qui pouvait financièrement en bénéficier ? Et combien de personnes, autour de ce procès pénal, regardaient déjà au-delà du verdict, vers un possible procès civil ?

Jesus Salas à la barre : le témoin de l’accusation qui fragilisa la thèse de l’enfermement

Jesus Salas avait travaillé pendant près de vingt ans pour Michael Jackson comme responsable de sa résidence personnelle. À la barre, il donnait l’image d’un homme discret, humble, peu à l’aise dans le tumulte d’un procès mondial. Appelé par l’accusation, il évitait de regarder Michael Jackson et semblait pressé de répondre aux questions pour quitter au plus vite cette exposition publique.

Dès le début de son témoignage, Salas décrivit Neverland comme un lieu conçu pour satisfaire les invités, en particulier les enfants. Michael Jackson, expliqua-t-il, exigeait que chacun soit traité avec le plus grand soin. Si les enfants voulaient des bonbons, on leur en donnait. S’ils souhaitaient dîner dans la gare du ranch, c’était possible. S’ils préféraient manger dans la maison principale, cela l’était aussi. Les jeunes visiteurs avaient accès aux manèges, aux jeux, à une vidéothèque classée par ordre alphabétique, aux zoos, au cinéma et à de nombreux espaces de loisirs.

Le cinéma de Neverland, en particulier, fut décrit comme un vrai cinéma privé, ouvert à toute heure, avec du personnel disponible pour servir gratuitement glaces et sucreries. Une photographie montrait aux jurés une salle équipée de sièges en velours et de deux petites chambres attenantes, munies de lits d’hôpital, afin que des enfants malades puissent regarder des films allongés. Ce détail rappelait une dimension essentielle du ranch : Neverland n’était pas seulement un caprice de milliardaire, mais aussi un lieu pensé pour accueillir des enfants fragiles, malades ou défavorisés.

Selon Salas, la seule règle vraiment stricte concernait la sécurité. Les enfants n’étaient pas autorisés à utiliser des quads, scooters, voiturettes de golf ou autres véhicules sans surveillance ou permission. Pour le reste, la propriété fonctionnait sur un principe d’ouverture presque totale. Les invités de Michael Jackson recevaient le code d’accès de la maison principale. La famille Arvizo, comme les autres invités, pouvait circuler librement dans les principaux bâtiments du domaine.

Salas se souvenait être allé chercher les Arvizo à l’aéroport de Santa Barbara. La famille serait restée environ deux semaines à Neverland, serait partie, puis revenue pour un second séjour d’environ deux semaines. À un moment, on lui demanda de les conduire à Los Angeles, ce qu’il fit. Ils revinrent ensuite une troisième fois, pour environ une semaine. Durant ces séjours, Michael Jackson se trouvait, selon Salas, la plupart du temps sur la propriété.

Le responsable de la résidence confirma également la présence de deux hommes allemands, Dieter Wiesner et Ronald Konitzer, qu’il appelait simplement « Dieter » et « Ronald ». Ils tenaient des réunions avec Michael Jackson pendant que les Arvizo séjournaient à Neverland, mais Salas ignorait totalement leur contenu et ne connaissait pas précisément leur rôle auprès de Jackson. Frank Cascio, en revanche, était un invité régulier, presque permanent à cette période.

Interrogé sur les nuits des enfants Arvizo, Salas expliqua qu’ils dormaient parfois dans les logements pour invités avec leur mère et leur sœur, et parfois dans la suite de Michael. Il précisa qu’au fil des années, il avait souvent vu des enfants dans cette grande suite à deux niveaux, soit à l’étage, soit au rez-de-chaussée. Pour lui, la présence d’enfants dans la chambre de Michael n’avait rien d’exceptionnel : les propres enfants de Jackson, leurs amis, les enfants Cascio et d’autres jeunes invités s’y retrouvaient lorsqu’il avait du temps libre.

Salas rappela aussi que des adultes étaient reçus dans la suite de Michael. On y servait parfois nourriture et alcool au rez-de-chaussée, un vaste espace comprenant salon, piano à queue et cheminée. Cette précision comptait : la chambre de Michael n’était pas décrite comme un lieu clos ou secret, mais comme une suite privée souvent fréquentée, parfois familiale, parfois mondaine.

La question de l’alcool fut ensuite abordée. Salas pensait que Michael Jackson buvait parfois du vin ou de la vodka. Il affirma l’avoir déjà vu en état d’ébriété, même s’il le voyait rarement boire. Il évoqua aussi les douleurs physiques de Jackson, ses problèmes de dos, sa jambe cassée en 2003 et sa consommation occasionnelle de médicaments prescrits. Il rappela en outre que Michael avait suivi un traitement après des difficultés liées à des médicaments, survenues à la suite de ses brûlures pendant le tournage d’une publicité Pepsi.

Mais sur le point le plus important pour le procès, Salas fut catégorique : en vingt ans au service de Michael Jackson, il ne l’avait jamais vu donner de l’alcool à un enfant. Jamais.

Concernant Gavin Arvizo, Salas déclara avoir eu l’impression, un soir, que l’adolescent pouvait être ivre. Mais il ajouta aussitôt que Michael Jackson n’était pas avec lui à ce moment-là. Il reconnut même ne pas être certain que Gavin ait réellement été alcoolisé. Là encore, l’accusation cherchait une confirmation ; elle obtenait une impression fragile, immédiatement nuancée par son propre témoin.

Salas évoqua aussi un incident impliquant des adolescents de Los Olivos, voisins de Neverland, surpris en train de sortir de la cave à vin située dans la salle de jeux vidéo. Ces garçons venaient souvent au ranch, parfois en l’absence de Michael. Ils étaient connus du personnel pour leurs écarts : cache-cache dans la maison, présence dans des pièces interdites, comportements indisciplinés. Michael, selon Salas, ne les avait pas autorisés à accéder à la cave. Cet épisode renforçait une idée importante : des mineurs pouvaient se déplacer seuls dans la propriété et atteindre certains endroits sans que Jackson soit présent.

L’accusation tenta ensuite d’associer la consommation d’alcool aux garçons Arvizo. Elle interrogea Salas sur une soirée où Michael avait demandé qu’on apporte une bouteille de vin et quatre verres dans sa chambre, alors que les garçons se trouvaient avec Frank Cascio et ses frères et sœurs. Salas confirma la commande de vin, mais ajouta spontanément que des sodas avaient aussi été apportés ce soir-là. Ce détail, venu du témoin de l’accusation lui-même, affaiblissait l’idée que les garçons auraient nécessairement bu du vin avec Jackson.

Salas ne se souvenait que d’une autre occasion où Michael aurait commandé du vin en présence des Arvizo. Cette fois-là, il n’avait demandé qu’un seul verre. Là encore, la précision jouait contre le récit d’une consommation répétée et organisée avec les adolescents.

L’accusation présenta ensuite à Salas des magazines pour adultes et des objets à connotation sexuelle retrouvés dans le bureau de Michael Jackson. Des photos furent projetées sur grand écran. Le moment fut embarrassant, presque gratuit. Aucun témoignage ne reliait clairement ces objets aux enfants Arvizo. Pour certains observateurs, leur présentation relevait davantage de l’humiliation que de la preuve. Le but semblait être de donner au jury une impression de malaise autour de l’univers privé de Jackson.

Sur la thèse du complot, Salas fournit un témoignage décisif. Il raconta que Janet Arvizo l’avait appelé une nuit, en pleurs, pour lui demander de la conduire chez elle. Il eut pitié d’elle et accepta. Il utilisa l’une des voitures de Michael, une Rolls-Royce, pour ramener la famille à Los Angeles. Avant de partir, il prévint Chris Carter, l’un des gardes du corps, afin que quelqu’un sache qu’il quittait la propriété avec les Arvizo.

Selon Salas, Frank Cascio fut contrarié par leur départ. Mais ce qui importait surtout, c’est que la famille put partir. Quelques jours ou semaines plus tard, les Arvizo revinrent pourtant à Neverland. Puis Janet demanda à nouveau à repartir. Cette fois, Salas ne put pas assurer lui-même le trajet, mais une limousine fut organisée. Quelques jours plus tard, Janet et ses enfants quittèrent définitivement la propriété.

Le contre-interrogatoire de Thomas Mesereau exploita immédiatement cette chronologie. Si Janet et ses enfants avaient été retenus contre leur volonté, pourquoi Salas les avait-il conduits lui-même hors du ranch lorsqu’elle l’avait demandé ? Pourquoi étaient-ils revenus ? Pourquoi un nouveau transport avait-il ensuite été organisé pour eux ? Salas confirma l’essentiel : Janet n’avait jamais été retenue de force à Neverland.

Mesereau lui demanda clairement si Janet avait été captive. Salas répondit que non. Elle l’avait appelé, bouleversée, lui avait demandé de la ramener chez elle, et il l’avait fait. Puis elle était revenue. Puis elle avait voulu repartir. Et on avait organisé son départ.

Cette séquence portait un coup sérieux à la thèse de l’enlèvement ou de l’emprisonnement. Salas ne décrivait pas une famille retenue par la contrainte, mais une famille libre de circuler, de partir, de revenir, puis de repartir.

Le manager expliqua également que Janet Arvizo ne s’était jamais plainte à lui du traitement reçu à Neverland. Ses seules plaintes concernaient Dieter et Ronald, qu’elle n’aimait pas, ainsi que la pression médiatique liée au documentaire de Martin Bashir. Sur Michael Jackson lui-même, elle ne disait que du bien. Elle disait le respecter et l’aimer beaucoup.

Mesereau fit ensuite préciser les conditions de séjour des Arvizo. Janet occupait l’une des plus belles suites de la propriété, celle que Marlon Brando et Elizabeth Taylor demandaient lors de leurs visites. Elle bénéficiait du même niveau de service que les invités prestigieux de Michael. Elle avait accès à la maison principale, au cinéma, aux jardins, aux attractions et à l’ensemble du domaine.

Les Arvizo pouvaient manger dans la cuisine ou la salle à manger, demander un service en chambre, commander de la nourriture à toute heure. Ils profitaient des manèges, de la salle de jeux, du cinéma et des véhicules. Salas décrivait un service de luxe, pas une captivité. Janet, selon lui, passait souvent du temps dans son logement pour invités ou venait prendre ses repas dans la résidence principale. Il la voyait parfois marcher seule dans le parc, préoccupée.

Le témoignage permit aussi de rappeler la générosité habituelle de Michael Jackson. Salas raconta qu’il pouvait l’envoyer chez Toys “R” Us acheter jusqu’à 11 000 dollars de jouets destinés à être distribués aux enfants invités à Neverland. Michael organisait parfois lui-même cette distribution. Le portrait qui en ressortait était celui d’un homme excessivement généreux, presque déraisonnable dans son désir de faire plaisir aux enfants.

Enfin, Salas donna un détail important sur la sécurité : même lorsqu’on repérait des intrus sur la propriété, les gardes de Neverland ne portaient pas d’armes à feu. Michael Jackson ne voulait pas d’armes dans son ranch. Sa priorité déclarée était la sécurité des enfants.

En fin de compte, Jesus Salas avait été appelé par l’accusation, mais son témoignage servit largement la défense. Il confirma que Neverland était un lieu extrêmement permissif, parfois imprudent, mais pas une prison. Il confirma que les Arvizo circulaient librement, qu’ils pouvaient partir, qu’ils étaient revenus après être partis, qu’ils bénéficiaient d’un service exceptionnel, que Janet n’avait jamais dénoncé auprès de lui de mauvais traitement par Michael, et qu’il n’avait jamais vu Jackson donner de l’alcool à un enfant.

L’accusation voulait faire de Neverland un décor de contrôle. Salas en fit plutôt le portrait d’un lieu ouvert à l’excès, administré par du personnel, traversé par des invités, des enfants, des familles, des associés, des habitudes de luxe et des règles trop souples. Ce n’était pas nécessairement à l’avantage de Michael Jackson sur le plan de l’image. Mais sur le plan judiciaire, cela affaiblissait fortement l’idée d’un complot organisé pour retenir les Arvizo contre leur volonté.

Les anciens employés de Neverland : les témoins qui devaient accabler Jackson, mais que l’argent rattrapa

« Je vous aime. Dieu et la vérité sont à nos côtés. »
C’est par ces mots, adressés par téléphone à des centaines de fans réunis en veillée pendant le procès de Santa Maria, que Michael Jackson tentait encore de tenir le lien avec ceux qui le soutenaient. À l’intérieur du tribunal, pourtant, l’atmosphère devenait de plus en plus lourde. L’accusation venait d’appeler d’anciens employés de Neverland, censés appuyer l’idée d’un comportement ancien et récurrent de la part de la star.

Lorsque Ralph Chacon et Adrian McManus affirmèrent avoir été témoins de scènes compromettantes entre Michael Jackson et de jeunes garçons, Jackson leva les yeux vers le jury. Il sembla chercher à lire leurs visages, à mesurer l’effet produit par ces déclarations. Pour la première fois depuis le début du procès, certains jurés parurent véritablement déstabilisés.

Pour la famille Jackson, ces témoignages avaient une dimension particulièrement violente. Chacon et McManus n’étaient pas de simples anciens employés : ils faisaient partie d’un groupe ayant déjà poursuivi Michael Jackson devant un tribunal civil, avant de perdre leur procès. Aux yeux de la défense, leur présence à la barre relevait moins du devoir de vérité que de la rancune et de l’intérêt financier.

Ralph Chacon, ancien agent de sécurité de Neverland entre 1991 et 1994, affirma avoir observé Michael Jackson dans des situations compromettantes avec un jeune garçon. Il déclara avoir déjà raconté cette même histoire en 1994 devant un grand jury lié à l’affaire Chandler. Son témoignage, chargé et très grave, fit immédiatement s’agiter les journalistes. Tito Jackson, lui, quitta la salle, manifestement furieux.

Mais le contre-interrogatoire de Thomas Mesereau changea rapidement l’image du témoin. Le jury apprit qu’en 1994, Chacon était en difficulté financière et cherchait à obtenir de l’argent de Michael Jackson. Il avait engagé des démarches civiles contre lui et s’était associé à d’autres anciens employés pour vendre des histoires aux tabloïds par l’intermédiaire d’un agent médiatique. Pour la défense, Chacon n’était pas un témoin désintéressé : c’était un homme qui avait tenté de monétiser son accès à l’intimité de Jackson.

Mesereau rappela aussi que Michael Jackson avait déposé une contre-plainte contre Chacon et que celui-ci avait été condamné à verser 25 000 dollars pour vol de biens personnels. À mesure que ces éléments apparaissaient, le portrait du témoin se fissurait. Chacon ne semblait plus seulement raconter ce qu’il prétendait avoir vu ; il apparaissait comme un ancien employé amer, impliqué dans un conflit financier avec son ancien patron.

Le témoignage devint encore plus fragile lorsque Mesereau aborda les demandes de dommages et intérêts formulées par Chacon. Celui-ci avait notamment prétendu avoir souffert du fait que Michael Jackson le regardait fixement. Il avait aussi affirmé avoir été émotionnellement affecté par une supposée mise sur écoute de ses conversations téléphoniques à Neverland. Plusieurs jurés échangèrent des sourires lorsque ces détails furent exposés.

Chacon dut admettre qu’il avait demandé plusieurs millions de dollars à Michael Jackson. Il avait même déclaré, dans une déposition, penser que Jackson devait le dédommager pour le restant de ses jours. Mesereau lut des extraits précis, empêchant le témoin de réécrire ses propres demandes. L’ancien agent tenta d’évoquer ses difficultés personnelles, les problèmes de sa femme, un décès familial. Il versa même des larmes à la barre. Mais l’émotion ne sembla pas produire l’effet espéré.

Le point le plus troublant restait le suivant : Chacon affirmait avoir été témoin de comportements graves, mais avait choisi de consulter des avocats et de chercher des accords médiatiques, plutôt que de s’adresser immédiatement à la police. Pour la défense, ce choix en disait long. L’objectif n’était pas de protéger un enfant ; il était de tirer profit d’une histoire.

Le même matin, Adrian McManus, ancienne femme de chambre de Michael Jackson, fut appelée à son tour. Elle avait travaillé à Neverland pendant environ deux ans, jusqu’en 1994. Elle raconta avoir vu de nombreux garçons dans la chambre de Michael et affirma avoir observé des gestes affectueux ou ambigus entre Jackson et certains jeunes invités. Elle parla aussi de la vie quotidienne dans la chambre de la star, des lessives, du lit, des sanitaires, et même des chimpanzés qui circulaient dans la pièce, laissant parfois derrière eux un désordre qu’elle devait nettoyer.

Là encore, l’accusation voulait faire de McManus un témoin accablant. Mais son passé judiciaire revint rapidement au centre du procès. Elle avait elle aussi poursuivi Michael Jackson avec d’autres employés, affirmant que la nouvelle équipe de sécurité l’avait harcelée et poussée à quitter son emploi. Elle évoqua des appels anonymes, des remarques menaçantes, des commentaires déplacés. Mais lorsque les questions devinrent précises, elle se montra incapable de fournir des détails solides.

Le jury apprit surtout que le procès civil intenté par McManus et ses collègues s’était retourné contre eux. Non seulement ils n’avaient pas obtenu les millions espérés, mais un jury civil s’était prononcé en faveur de Michael Jackson. Les anciens employés avaient été condamnés à lui rembourser 1,4 million de dollars de frais juridiques. Une contre-plainte avait également conduit à 40 000 dollars de dommages supplémentaires pour vol. Le juge avait retenu contre eux des éléments d’escroquerie, d’abus d’autorité et de préméditation.

Pendant le témoignage de McManus, Michael Jackson la regardait fixement, prenant des notes et murmurant parfois à ses avocats. Elle affirmait avoir vu Jackson adopter des gestes déplacés avec plusieurs jeunes garçons, dont Macaulay Culkin. Or plusieurs de ces mêmes garçons viendraient ensuite nier toute conduite inappropriée de la part de Jackson.

Mesereau s’attaqua alors à la chronologie. En décembre 1993, lors d’une première déposition liée à l’affaire Chandler, McManus n’avait signalé aucun comportement suspect dans la chambre de Michael. Elle avait même déclaré n’avoir jamais vu Jackson dormir avec un enfant. Plus encore, elle avait affirmé qu’elle aurait laissé son propre fils de dix ans seul avec lui. Un an plus tard, au moment où elle engageait une procédure civile contre Jackson, elle se souvenait soudain de plusieurs épisodes qu’elle n’avait jamais mentionnés auparavant.

Cette évolution était dévastatrice. Mesereau insista : pourquoi McManus aurait-elle déclaré en 1993 que Jackson ne posait aucun problème, avant de devenir en 1994 un témoin potentiel contre lui dans une affaire où elle cherchait de l’argent ? L’ancienne femme de chambre tenta d’expliquer qu’elle ne maîtrisait pas le vocabulaire juridique, que son avocat s’occupait des demandes financières, qu’elle voulait seulement que justice soit faite. Mais la défense ne lâcha pas.

Mesereau lui demanda si sa conception de la justice correspondait à plusieurs millions de dollars. McManus répondit qu’elle voulait simplement des excuses. L’avocat lui demanda alors si elle avait écrit à Michael Jackson pour lui demander des excuses au lieu de le poursuivre. Elle répondit non. Lui avait-elle téléphoné ? Non plus. La salle comprenait l’argument : si elle voulait seulement des excuses, pourquoi un procès long, coûteux et réclamant des sommes considérables ?

La défense aborda ensuite les relations de McManus avec les tabloïds. Elle nia d’abord se souvenir d’avoir voulu vendre son histoire. Mais Mesereau présenta des éléments montrant que le groupe d’anciens employés avait reçu de l’argent de médias comme Inside Edition et d’autres programmes. McManus reconnut avoir touché une part de ces sommes. Elle avait aussi signé un contrat avec le magazine Star pour parler de la vie privée de Michael Jackson et de Lisa Marie Presley.

Les coupures de presse produites par Mesereau firent leur effet. McManus apparaissait dans des articles promettant des révélations sur les secrets intimes de Michael et Lisa Marie. Elle était présentée comme une employée ayant accès à la chambre de Jackson. Pour la défense, elle n’était plus une ancienne salariée venue dire la vérité : elle était une source de tabloïd ayant tenté de transformer son passage à Neverland en revenu médiatique.

Mesereau revint enfin sur les accusations de vol. McManus nia avoir pris des biens appartenant à Michael, hormis quelques bonbons au cinéma. Mais confrontée à la décision du jury civil, elle admit posséder un dessin d’Elvis Presley réalisé par Jackson, qu’elle affirma avoir trouvé dans une poubelle. Elle l’avait vendu à un tabloïd pour 1 000 dollars. Cette révélation renforça encore l’image d’une ancienne employée prête à monnayer tout ce qu’elle pouvait extraire de Neverland.

Le cas Jason Francia vint s’ajouter à cette séquence. Fils d’une ancienne femme de ménage de Neverland, il affirma que Jackson l’avait touché de manière déplacée lors de jeux de chatouilles au début des années 1990. Son témoignage était attendu, car il faisait partie des anciens accusateurs autorisés par le juge Melville. Francia déclara avoir été durablement affecté par ces épisodes et avoir suivi une psychothérapie.

Mais là encore, le contre-interrogatoire révéla des fragilités. Francia avait reçu un règlement financier de 2 millions de dollars. Sa mère avait été payée 20 000 dollars pour accorder une interview à Hard Copy. Selon Francia, il n’aurait appris ce paiement que très récemment. Il reconnut aussi avoir changé de version au fil du temps. Lors de son premier interrogatoire en 1993, il avait déclaré que Jackson ne l’avait pas touché de manière explicitement intime. Ce n’est qu’après une forte pression des enquêteurs que son récit avait évolué.

Mesereau lut des extraits de l’interrogatoire policier de 1993. Les enquêteurs y semblaient pousser Francia à incriminer Jackson, allant jusqu’à lui dire que l’image de l’artiste comme homme bon et musicien talentueux ne devait pas l’empêcher de parler. Malgré cela, Francia avait d’abord maintenu que Jackson ne l’avait pas touché de la manière que les policiers semblaient vouloir entendre.

Francia reconnut aussi qu’il savait qu’un autre garçon, Jordan Chandler, avait déjà porté plainte contre Michael Jackson et réclamé de l’argent. Lorsqu’on lui demanda à quel moment l’argent avait commencé à devenir un sujet pour lui, sa réponse frappa les esprits : autour de seize ans, selon ses propres mots, parce que c’est là que l’argent avait commencé à devenir un problème.

Cette phrase résumait l’un des axes majeurs de la défense. Derrière les anciens témoignages présentés comme des éléments de contexte, Mesereau faisait apparaître une autre trame : argent, tabloïds, poursuites civiles, récits changeants, employés rancuniers, familles indemnisées. L’accusation voulait montrer un schéma de comportement de Michael Jackson. La défense montrait un autre schéma : celui de personnes ayant eu accès à la star, puis ayant tenté de convertir cet accès en argent.

Les médias, eux, retinrent surtout les accusations les plus sensationnelles. Les détails sordides firent les titres. Les larmes de Francia, les images suggérées par Chacon, les déclarations de McManus offrirent aux rédactions la matière spectaculaire qu’elles attendaient. Mais le public entendit beaucoup moins les contre-interrogatoires, les contradictions, les règlements financiers, les ventes aux tabloïds, les décisions civiles défavorables aux témoins.

Dans la salle d’audience, pourtant, l’effet était très différent. Chacon avait été rattrapé par son procès perdu et ses demandes d’argent. McManus par ses versions contradictoires, ses ventes médiatiques et les biens subtilisés à Neverland. Francia par l’évolution de son récit, l’argent reçu par sa famille et la pression manifeste des enquêteurs. Les témoins censés faire basculer le procès contre Michael Jackson apparaissaient finalement eux aussi traversés par l’intérêt, la rancune et le profit.

Bob Jones, le confident devenu témoin : anatomie d’une trahison

Bob Jones avait rejoint Motown en 1969 comme responsable de la publicité, avant de devenir, des années plus tard, vice-président de MJJ Productions, la société de Michael Jackson. Pendant près de vingt ans, il avait occupé une place stratégique auprès de la star : relations publiques, image, communication, crise médiatique. C’est lui qui avait contribué à transformer certaines rumeurs absurdes — le caisson à oxygène, le squelette de l’homme éléphant — en objets de fascination plutôt qu’en simples humiliations publiques. C’est aussi lui qui aurait popularisé l’expression « roi de la pop ».

Pendant longtemps, Jones n’avait rien eu de sombre à raconter sur Michael Jackson et les enfants. Il décrivait l’artiste comme un homme convaincu que les enfants représentaient l’avenir, qu’ils pouvaient « guérir le monde », qu’ils incarnaient une forme de pureté à préserver. Jones avait été l’un de ses collaborateurs les plus fidèles, l’un de ceux qui avaient passé des années à défendre son image contre les scandales, les rumeurs et les interprétations malveillantes.

Mais après son licenciement brutal en 2004, son attitude changea. Jackson mit fin à leur collaboration par une note sèche, sans entretien personnel, après deux décennies de service. Selon plusieurs récits, Jones ne reçut ni indemnité, ni pension, ni véritable reconnaissance. Le message implicite semblait être que le simple fait d’avoir travaillé avec Michael Jackson constituait déjà une récompense suffisante. Pour un homme qui avait consacré une partie majeure de sa vie professionnelle à protéger l’image de la star, l’humiliation fut profonde.

Peu après, Bob Jones décida d’écrire un livre. Coécrit avec Stacy Brown, journaliste qui se présentait comme proche de la famille Jackson, l’ouvrage s’intitulait Michael Jackson: The Man Behind the Mask. Le livre promettait de révéler l’homme caché derrière l’icône. En réalité, il s’inscrivait dans le climat toxique entourant le procès de Santa Maria : apparence physique, mariages, enfants, rumeurs, accusations anciennes, vie privée, relations familiales. Tout y était relu sous un angle soupçonneux.

Le livre attaquait Michael Jackson sur presque tous les fronts. Il qualifiait son mariage avec Lisa Marie Presley de grotesque, revenait lourdement sur ses transformations physiques, et allait jusqu’à présenter l’artiste comme instable, colérique, désorienté, dépendant. En même temps, l’ouvrage conservait une forme d’ambivalence. Jones rappelait que Michael était, à ses yeux, le plus grand artiste de scène du monde, supérieur à Elvis Presley, adoré par un public planétaire, capable de transcender les frontières américaines. Comme s’il ne pouvait pas complètement détruire l’homme qu’il avait passé vingt ans à construire.

Ce paradoxe traversait tout le livre. Jones semblait vouloir salir Michael tout en prouvant qu’il l’avait connu de près. Il évoquait Lisa Marie Presley, Debbie Rowe, les enfants de Jackson, ses mariages, ses liens familiaux, Neverland, les rumeurs, les accusations. Il insinuait que le ranch était conçu pour attirer des enfants, mais citait aussi des personnalités qui croyaient Jackson victime d’un coup monté par des familles intéressées par l’argent. Le livre avançait ainsi sur une ligne trouble : se donner une apparence d’équilibre tout en nourrissant le soupçon.

Pour Michael Jackson, cette publication avait tout d’une trahison ultime. Jones n’était pas un tabloïd anonyme, ni un ancien employé de passage. Il avait été l’un des gardiens de son image, l’un des hommes chargés de transformer le chaos médiatique en récit maîtrisé. Le voir publier un livre à charge au moment où Jackson risquait la prison ne pouvait être perçu autrement que comme un abandon spectaculaire.

L’ouvrage ne connut pourtant pas le succès espéré. Il se vendit modestement, autour de 10 000 exemplaires. Mais son calendrier interrogeait. Le livre avait été écrit avant le procès et devait paraître au moment où l’affaire atteindrait son point culminant. Sa deuxième de couverture posait même une question très explicite : que se passerait-il si Michael Jackson était reconnu coupable ? L’exploitation commerciale du procès paraissait difficile à nier.

Lorsque Bob Jones se présenta à la barre, la salle d’audience retint son souffle. Il identifia Michael Jackson comme l’homme assis à la table de la défense, aux longs cheveux noirs. Jackson le fixa avec intensité. Il semblait avoir du mal à croire que l’un de ses collaborateurs les plus anciens témoigne désormais pour l’accusation.

L’interrogatoire direct fut mené par le procureur Gordon Auchincloss. Il demanda à Jones de parler de son livre, que celui-ci présenta comme des mémoires sur ses années auprès de Michael Jackson. Mais une première surprise surgit rapidement : Jones affirma qu’il voyait rarement Jackson en personne. Il avait accompagné la star sur quelques tournées et événements spéciaux, notamment les World Music Awards de 1992 à Monaco, mais il n’était pas un intime quotidien de Neverland.

Le procureur l’interrogea ensuite sur la famille Chandler. Jones raconta avoir suivi Michael Jackson et les Chandler de Los Angeles à Paris, puis à Monaco. Il affirma n’avoir observé qu’un seul contact physique entre Michael et Jordan Chandler : l’enfant assis sur ses genoux pendant les World Music Awards. L’accusation tenta alors d’introduire un détail étrange : Michael aurait léché les cheveux de Jordan Chandler.

Jones nia d’abord se souvenir d’une telle scène. Lorsqu’Auchincloss lui présenta un e-mail envoyé depuis son adresse, dans lequel cette affirmation apparaissait, Jones resta hésitant. Il reconnut que le message venait bien de son ordinateur, mais ne se souvenait pas l’avoir écrit, ni avoir observé la scène. Le « léchage de cheveux » devint l’un de ces détails absurdes qui, dans ce procès, semblaient parfois prendre une importance disproportionnée.

Ce détail avait néanmoins une fonction. Janet Arvizo avait affirmé de son côté avoir vu Michael lécher les cheveux de Gavin pendant le vol privé reliant Miami à Santa Barbara. La défense pouvait donc se demander si cette image n’avait pas circulé dans d’anciens récits avant d’être réutilisée dans le dossier Arvizo. La scène était si bizarre qu’elle suscita des sourires et des plaisanteries parmi les observateurs. Mais elle demeurait juridiquement utile à l’accusation : elle contribuait à installer une continuité d’images troublantes autour de Jackson.

À la barre, Bob Jones se montrait calme, presque confortable. Il parlait de la vie privée de Michael Jackson avec une aisance déconcertante, comme si la liberté de son ancien employeur n’était pas en jeu. Il apparaissait sûr de lui, poli, maîtrisé. De temps à autre, il levait les yeux vers Jackson, mais celui-ci ne lui offrait aucune réaction visible.

Lors du contre-interrogatoire, Thomas Mesereau adopta une stratégie étonnamment douce. Il ne chercha pas à écraser Jones, mais à clarifier les contradictions. Il rappela que, lors de son entretien avec la police de Santa Barbara, Jones avait déclaré ne jamais avoir vu Michael lécher les cheveux de Jordan Chandler. Jones répondit qu’il ne se souvenait pas précisément de la scène, même si un e-mail semblait l’évoquer.

Mesereau tenta alors d’introduire la question du livre. Il suggéra que, lorsqu’un ancien collaborateur écrit avec un journaliste sur Michael Jackson, il peut subir une pression pour rendre les choses plus scandaleuses. Jones admit que, pendant des années, il avait vu des gens dramatiser ou exagérer certains aspects de la vie de Michael. L’accusation objecta lorsque Mesereau s’approcha trop clairement de l’idée que le livre avait été conçu pour accentuer le scandale. L’avocat reformula, puis abandonna ce terrain.

Il choisit ensuite une autre voie : humaniser Michael Jackson. Il demanda à Jones s’il allait souvent à Neverland. Jones répondit qu’il s’y rendait surtout lorsqu’il y amenait des groupes, comme le Challengers Boys & Girls Club ou la First AME Church. Il n’était pas un visiteur régulier du ranch. Cette réponse limitait la portée de son témoignage sur l’intimité de Michael.

Mesereau revint ensuite aux World Music Awards. Jones confirma que Michael était assis au premier rang, entre le prince Albert de Monaco et Linda Evans. June Chandler était installée juste derrière lui, avec ses enfants. Au départ, Jordan et sa sœur étaient assis auprès de leur mère, mais Michael avait insisté pour qu’ils le rejoignent au premier rang. Jordan se retrouva sur les genoux de Michael, sa sœur sur ceux de Linda Evans. Selon Jones, rien d’inapproprié ne s’était produit. Michael n’avait pas dissimulé les enfants. Il ne les avait pas touchés de manière déplacée.

Cette scène, sous un autre éclairage, disait autre chose que le soupçon. Michael Jackson considérait les Chandler comme des proches, presque comme une famille d’adoption. Il les emmena même à une réception donnée par le prince Albert dans un palace monégasque. Jones comprenait peut-être mal ce lien, n’aimant pas particulièrement être entouré d’enfants, mais il ne pouvait pas le transformer en preuve d’un acte criminel.

Après Bob Jones, Stacy Brown fut appelé à son tour. Journaliste, coauteur de The Man Behind the Mask, il expliqua connaître Jones depuis des années. Il avait couvert Michael Jackson pour le LA Daily News et s’était progressivement rapproché de Bob Jones à force de recueillir ses commentaires sur la vie de la star. Brown affirma que l’idée du livre avait émergé autour de janvier 2004, lors de la première comparution de Jackson à Santa Maria.

Stacy Brown se présentait comme un ami de longue date de la famille Jackson. Pourtant, au tribunal, il évita soigneusement de croiser le regard de Michael ou celui du clan Jackson. Comme Bob Jones, il témoignait pour l’accusation. Il confirma que Jones lui avait parlé de l’épisode supposé du « léchage de cheveux », tout en reconnaissant que les souvenirs de Jones sur ce point étaient flous.

Plus les questions revenaient sur cet épisode, plus la salle semblait peiner à rester sérieuse. Personne ne savait réellement quoi en faire. Jordan Chandler ne témoignait pas. Gavin Arvizo n’avait pas mentionné cette scène dans son propre récit. Et Bob Jones lui-même ne se souvenait pas clairement l’avoir vue. L’accusation tentait d’en faire un signe ; la défense en faisait apparaître l’inconsistance.

Interrogé sur la genèse du livre, Stacy Brown expliqua que Bob Jones connaissait des difficultés financières. Il était, selon lui, « fauché » lorsqu’il avait commencé à parler d’un ouvrage de révélations sur Michael Jackson. Brown affirma néanmoins que l’argent n’était pas leur motivation principale. Il disait aimer écrire et ne pas croire aux promesses de succès commercial. Mais il reconnaissait aussi vouloir faire sortir le livre avant la fin du procès.

Mesereau posa alors la question la plus simple : plus un livre sur Michael Jackson est scandaleux, plus il a de chances de générer des bénéfices, n’est-ce pas ? Brown admit que oui, de toute évidence. Il ajouta toutefois qu’ils n’avaient pas voulu écrire un livre à scandale. La nuance semblait fragile. Le livre promettait de révéler la vérité sur les mariages prétendument frauduleux de Michael, ses relations familiales empoisonnées et même des cérémonies vaudoues. Difficile, dès lors, de prétendre que le sensationnel n’était pas au cœur du projet.

L’ouvrage parut finalement alors que le procès approchait de sa conclusion. Les journalistes reçurent des exemplaires gratuits. Certains feuilletèrent le livre dans les couloirs, échangeant des regards entendus. Sur le rabat, une phrase annonçait que l’arrestation récente de Jackson pour des accusations criminelles pouvait faire tomber le rideau final sur le plus durable des cirques du show-business. Le ton était donné.

La tentative de Jones et Brown échoua commercialement, mais elle joua un rôle symbolique. Elle révéla comment le procès était devenu un marché. Témoins, anciens employés, journalistes, éditeurs, tabloïds, commentateurs : autour de Michael Jackson, chacun semblait pouvoir transformer un souvenir, une rancune, un fragment d’intimité ou une phrase ambiguë en produit.

Bob Jones avait passé des années à protéger l’image de Michael Jackson. À Santa Maria, il était venu déposer comme témoin de l’accusation, au moment même où son livre cherchait à profiter de l’attention mondiale portée au procès. Son témoignage n’apporta pas la révélation décisive que certains attendaient. Il exposa plutôt un autre drame : celui d’un ancien gardien de l’image devenu acteur du soupçon, d’un homme blessé par son licenciement, désormais prêt à livrer au public l’artiste qu’il avait longtemps contribué à couronner.

June Chandler à la barre : le fantôme de 1993 face au jury

Lorsque June Chandler entra dans la salle d’audience, l’atmosphère changea aussitôt. La mère de Jordan Chandler, dont les accusations de 1993 avaient durablement marqué l’image publique de Michael Jackson, venait enfin témoigner. Tom Sneddon l’accueillit avec douceur et l’invita à revenir au début des années 1990, à l’époque où elle et son fils avaient rencontré la pop star.

Élégante, posée, presque irréelle dans sa maîtrise, June Chandler frappa d’abord par son allure. Sa voix douce, son maintien impeccable, sa présence sophistiquée donnèrent au jury l’impression d’une femme crédible, digne, sûre d’elle. Sneddon semblait compter sur cette impression. Après plusieurs témoins fragilisés par les contre-interrogatoires, June Chandler devait offrir à l’accusation une figure plus solide, plus policée, plus difficile à attaquer.

Elle raconta sa rencontre avec Michael Jackson par l’intermédiaire de l’entreprise de son second mari, David Schwartz, un commerce de location de voitures nommé Rent-A-Wreck. Le contraste était saisissant : derrière l’apparence mondaine de June Chandler, l’origine de cette rencontre avec l’une des plus grandes stars du monde tenait à un décor beaucoup moins glamour. Elle expliqua avoir supplié Jackson d’attendre quelques minutes afin de rencontrer son fils Jordan. La rencontre fut brève, mais elle marqua le début d’une relation de plus en plus étroite entre Michael, June et ses enfants.

June décrivit des voyages, des hôtels somptueux, Las Vegas, l’Europe, Neverland. Elle raconta des moments fabuleux passés avec Jackson, qui traitait les Chandler comme des membres de sa famille. À l’époque, dit-elle, elle adorait Michael. Elle ne présenta pas leur proximité comme inquiétante, mais comme exceptionnelle. À l’entendre, Jackson était entré dans leur vie comme une présence généreuse, presque familiale.

Elle évoqua ensuite le moment où Jordan avait commencé à dormir dans la chambre de Michael Jackson. Son récit ne contenait pas, à ce stade, d’alerte ou de soupçon. June Chandler affirma n’avoir jamais constaté quoi que ce soit d’inapproprié entre son fils et Michael. Cette déclaration surprit les observateurs. Beaucoup attendaient d’elle une parole accablante. Elle livra au contraire le souvenir d’une amitié qu’elle avait elle-même encouragée.

Interrogée sur la procédure civile de 1993, June insista sur le fait que c’était son fils Jordan, et non elle, qui avait poursuivi Michael Jackson. Larry Feldman représentait Jordan. Pourtant, elle dut reconnaître qu’elle avait elle aussi reçu une compensation financière dans le cadre du règlement. Elle confirma également avoir signé un accord de confidentialité lui interdisant d’écrire un livre ou de donner des interviews sur Michael Jackson.

Puis vint l’un des moments les plus étonnants de son témoignage : sous le contre-interrogatoire de Thomas Mesereau, June Chandler admit qu’elle n’avait pas parlé à son fils Jordan depuis plus de onze ans. La révélation fit l’effet d’un choc discret. La mère du garçon dont les accusations avaient changé la trajectoire de Michael Jackson n’avait plus de relation avec lui depuis plus d’une décennie.

Mesereau s’attaqua ensuite au nerf du dossier : l’argent. Il questionna June sur la situation financière de David Schwartz à l’époque du litige Chandler, évoquant des dettes importantes. Elle nia ou minimisa toute difficulté financière. Plus les questions devenaient précises, plus ses souvenirs semblaient se troubler. Elle conservait son élégance, mais son assurance se fissurait.

Aux yeux de certains observateurs, June Chandler incarnait soudain une contradiction visible : une femme raffinée, habillée avec goût, dont le style de vie semblait désormais lié à l’argent obtenu après l’affaire Jackson. Mesereau tenta de montrer que les Chandler avaient eu un intérêt financier majeur à poursuivre Michael. Mais June refusa de se laisser enfermer dans ce portrait. Elle nia avoir cherché à profiter de lui.

Sa mémoire apparut pourtant sélective. Elle se souvenait avec précision des voyages, des hôtels, des attentions de Michael, du bracelet Cartier qu’il lui avait offert, des moments passés à Neverland. Mais sur les détails juridiques essentiels de 1993 — notamment la contre-plainte pour extorsion déposée par Jackson — elle disait ne pas se souvenir. Ce contraste devint l’un des points d’appui de la défense.

June reconnut qu’Evan Chandler, le père de Jordan, travaillait alors à l’écriture d’un scénario et passait peu de temps avec son fils. Elle se réjouissait donc, à l’époque, de la présence de Michael autour de Jordan. Elle expliqua que son fils s’habillait comme Jackson, le prenait pour modèle depuis l’enfance et l’admirait profondément. Pour elle, Michael consacrait à Jordan une attention que son propre père ne lui donnait pas.

Elle affirma que Jackson avait passé une trentaine de nuits dans leur maison de Santa Monica. Il dînait avec eux, aidait parfois Jordan à faire ses devoirs, jouait aux jeux vidéo avec lui. June reconnut avoir encouragé cette amitié. Elle décrivit Michael comme « un enfant », et sa chambre à Neverland comme celle d’un « grand garçon », remplie de poupées et de jouets.

Mesereau insista sur ce point. Selon June, c’est Jordan qui avait demandé à dormir dans la chambre de Michael, probablement lors de la deuxième ou troisième visite à Neverland. Il y avait déjà beaucoup d’enfants autour de Jackson, expliqua-t-elle. Macaulay Culkin était là, avec son père et ses frères. Dans ce contexte, Jordan voulait simplement faire comme les autres. June n’avait pas perçu cela comme un problème.

Cette réponse était importante. Elle replaçait l’amitié entre Michael et Jordan dans un environnement collectif : enfants, familles, frères et sœurs, parents, invités, jeux, voyages. Elle contredisait l’image d’une relation secrète ou dissimulée. June confirma même que Michael ne cherchait pas à cacher Jordan lors des événements publics. Aux World Music Awards, en 1992, il avait voulu que les enfants Chandler soient près de lui, au premier rang, en pleine lumière.

Mesereau chercha ensuite à montrer que les Chandler voyaient dans leur relation avec Michael une opportunité extraordinaire. Il demanda à June si Michael lui avait dit vouloir une famille qui le traite comme une personne normale, sans distance ni fascination. Elle confirma. Il voulait être accepté, ne pas être traité comme un étranger, pouvoir faire confiance.

Puis l’avocat aborda une déclaration attribuée à June : Evan Chandler aurait vu la relation avec Michael comme une chance merveilleuse pour Jordan de ne plus jamais avoir à se soucier de son avenir. June admit avoir tenu ces propos au procureur général de Los Angeles. Mesereau voulut en tirer une conclusion : cette phrase signifiait-elle que Michael Jackson était perçu comme une source de soutien à vie ? June refusa. Sneddon s’agita, objecta vivement, et le juge Melville dut calmer la tension.

Même si l’objection fut retenue, le message était passé. Mesereau voulait que le jury comprenne que les Chandler n’avaient pas seulement connu Michael : ils avaient goûté à son monde. Par lui, ils avaient approché des figures comme Elizabeth Taylor, Nelson Mandela, des palais, des avions privés, des voyages luxueux, une vie qu’ils n’auraient probablement jamais pu connaître autrement. Une fois cette porte ouverte, la défense suggérait qu’ils n’avaient pas voulu la voir se refermer.

Mesereau interrogea ensuite June Chandler sur ses rencontres avec Anthony Pellicano, le détective privé engagé à l’époque par l’entourage de Michael Jackson. Il lui demanda si elle se souvenait avoir dit que les préoccupations d’Evan Chandler concernaient l’argent. Elle répondit ne pas s’en souvenir. Elle admit avoir rencontré Pellicano plusieurs fois, mais sans pouvoir préciser le contenu des conversations.

La défense tenta alors d’introduire l’idée que Pellicano avait lui-même parlé d’extorsion. Sneddon objecta immédiatement. Le juge retint l’objection au motif qu’il s’agissait de ouï-dire. Mais là encore, la question avait laissé une trace. Même sans réponse, elle maintenait dans l’air l’hypothèse d’une motivation financière au cœur de l’affaire Chandler.

Mesereau poursuivit avec Robert Shapiro, célèbre avocat pénaliste qui allait plus tard être associé au procès O.J. Simpson. June Chandler reconnut l’avoir rencontré dans le cabinet de Larry Feldman, mais prétendit ne plus très bien se souvenir de son rôle. Elle sembla même hésiter sur le fait qu’il ait appartenu ou non à l’équipe juridique de Jackson, alors que la défense cherchait à établir qu’il conseillait en réalité les Chandler dans un contexte où ceux-ci étaient accusés d’extorsion.

Cette difficulté à se souvenir parut invraisemblable à certains observateurs. La famille Chandler avait rencontré Robert Shapiro à Century City, puis dans le cabinet de Feldman. Il ne s’agissait pas d’un avocat secondaire. Pourtant, June disait ne pas se rappeler clairement les discussions, ni la nature de son intervention. Sa mémoire, une fois encore, semblait précise lorsqu’il était question des privilèges offerts par Jackson, mais floue lorsqu’il s’agissait des mécanismes juridiques et financiers entourant le litige.

L’accusation avait espéré que June Chandler vienne renforcer l’ombre de 1993 dans l’esprit du jury. Mais son témoignage produisit un effet plus ambigu. Elle ne raconta pas avoir vu Michael Jackson agir de manière inappropriée avec Jordan. Elle admit avoir encouragé leur relation. Elle confirma que Jackson était devenu proche de sa famille. Elle reconnut avoir reçu de l’argent. Elle révéla ne plus parler à son fils depuis onze ans. Et elle sembla incapable de se souvenir de plusieurs éléments pourtant centraux du conflit judiciaire.

Lorsque June Chandler quitta la barre, son impact parut limité. Son élégance initiale n’avait pas suffi à effacer les zones d’ombre. Les jurés, notamment plusieurs femmes, semblaient peu convaincus. La défense n’avait pas totalement démonté l’affaire Chandler, mais elle avait réussi à faire apparaître autre chose : une mère séduite par l’univers Jackson, une famille entrée dans un monde de luxe, un père possiblement obsédé par l’argent, un règlement civil massif, puis une mémoire devenue soudain très incertaine dès que les questions touchaient aux motivations financières.

Le fantôme de 1993, censé accabler Michael Jackson, venait ainsi de réapparaître devant le jury. Mais au lieu d’offrir une preuve nette, il apportait son lot de silences, d’oublis, d’avantages matériels et de soupçons non résolus.