Quand la défense reprend la main : le tournant Wade Robson

À l’approche de la fin des témoignages de l’accusation, une audience fut consacrée à la question des preuves susceptibles d’appuyer l’accusation de complot. Gordon Auchincloss demanda à pouvoir présenter certains e-mails saisis lors de la perquisition, censés révéler les échanges internes de la « cellule de crise » mise en place autour de Michael Jackson après le documentaire de Martin Bashir. Ces messages faisaient référence à la famille Arvizo et, selon l’accusation, devaient démontrer l’état de panique qui régnait alors dans l’entourage de la star.

Le bureau du procureur voulait construire un faisceau de preuves circonstancielles. Dans son récit, Michael Jackson n’était pas seulement une célébrité dépassée par une crise médiatique : il était le chef d’orchestre d’une opération destinée à contrôler les Arvizo, à protéger son image et à préserver des intérêts financiers liés au droit de réponse télévisé. L’accusation présenta notamment les contrats conclus avec Fox TV, censés montrer que Jackson et plusieurs de ses associés avaient un intérêt économique à produire et diffuser une vidéo favorable à la star.

Mais cette démonstration avait une faille majeure : aucun e-mail ne liait directement Michael Jackson à la stratégie alléguée. Aucun enregistrement téléphonique ne permettait de l’entendre donner des instructions. Aucun document ne prouvait qu’il connaissait les intentions exactes de Marc Shaffel, Ronald Konitzer ou Dieter Wiesner. Tom Mesereau souligna même que Jackson ne possédait pas de téléphone portable, ce qui rendait impossible l’établissement précis de ses conversations supposées. Pour le jury, cette absence de lien direct pesait lourd.

Auchincloss tenta de retourner l’argument. Selon lui, la défense semblait admettre qu’il se passait quelque chose autour de Jackson, tout en niant son implication personnelle. Pour le procureur, l’association durable entre Jackson et ses collaborateurs suffisait à faire entrer la pop star dans le cercle du complot. Les millions prévus par les contrats avec Fox devaient, selon l’accusation, montrer que tout le monde avait intérêt à préserver l’image de Michael.

Mais l’argument restait fragile. Que des collaborateurs aient eu intérêt à exploiter la crise Bashir ne prouvait pas que Jackson avait participé à une entreprise criminelle. Que Fox ait payé pour diffuser un droit de réponse ne prouvait pas que les Arvizo avaient été enlevés, retenus ou manipulés par ordre de Michael. Plus l’accusation insistait sur les contrats, les flux d’argent et les e-mails périphériques, plus elle semblait contourner le problème central : aucune preuve directe ne reliait Jackson au prétendu complot.

À mesure que cette théorie se développait, elle paraissait de moins en moins convaincante. Le parquet voulait démontrer une « conscience de culpabilité » chez Jackson et ses associés. Mais les documents montraient surtout une équipe paniquée par une crise médiatique, des collaborateurs attirés par l’argent et une opération de communication confuse. Ce n’était pas la même chose qu’un complot criminel.

Avant que la défense ne commence à appeler ses propres témoins, Robert Sanger demanda au juge Melville de rejeter les charges. Hors la présence du jury, il dénonça les contradictions de Janet, Star, Davellin et Gavin Arvizo. Selon lui, leurs déclarations étaient délibérément fausses. Il insista notamment sur les changements de dates concernant les incidents allégués.

Sanger soutint que Gavin avait d’abord situé certains faits avant le droit de réponse vidéo, avant de modifier sa chronologie lorsque la famille comprit que des enregistrements antérieurs la montraient en train de faire l’éloge de Michael Jackson. Selon la défense, les Arvizo avaient déplacé les dates pour rendre leur récit compatible avec les preuves déjà existantes. Pour Sanger, il ne s’agissait pas de simples imprécisions : c’était une fabrication.

Le juge Melville refusa toutefois de rejeter l’affaire. Il fit revenir le jury et invita la défense à présenter son premier témoin.

Thomas Mesereau ouvrit alors la séquence de la défense dans son style habituel : sans emphase, sans théâtre, sans posture hollywoodienne. Il se présentait simplement à chaque témoin en disant qu’il représentait Michael Jackson. Il désignait l’accusation par le mot « gouvernement », comme pour rappeler que son client n’était pas opposé à des rumeurs ou à des journalistes, mais à la puissance de l’État.

Le premier témoin appelé fut Wade Robson, vingt-deux ans. Danseur et chorégraphe reconnu, il avait enseigné la danse dès l’âge de douze ans et signé ses premières chorégraphies de clips à quatorze. Dans l’industrie musicale, son nom était déjà installé. Il avait notamment travaillé avec Britney Spears.

Robson raconta avoir rencontré Michael Jackson à l’âge de cinq ans, en Australie, pendant le Bad Tour. Il avait participé à un concours de danse organisé autour de la tournée, l’avait gagné, puis rencontré Jackson en coulisses. La star, impressionnée par son style, l’avait fait monter sur scène. Deux ans plus tard, Wade et sa mère étaient partis à sa recherche en Californie, espérant que Jackson pourrait aider la carrière du jeune garçon. Ils le retrouvèrent dans un studio d’enregistrement et lui montrèrent des vidéos de ses chorégraphies.

À partir de là, une amitié s’était formée. Robson expliqua qu’il avait visité Neverland pour la première fois à sept ans, avec sa famille. Après son installation à Los Angeles avec sa mère Joy et sa sœur Chantel, il continua à voir Jackson. Il estima avoir séjourné à Neverland une vingtaine de fois, peut-être vingt-cinq. La plupart de ces séjours duraient un week-end ; le plus long, selon ses souvenirs, environ une semaine ou une semaine et demie.

Mesereau posa alors la question centrale. Wade Robson savait-il qu’on l’associait désormais, dans le procès, à des accusations visant Michael Jackson ? Oui. Jackson avait-il déjà eu avec lui un comportement sexuel ? Non. L’avait-il touché de manière inappropriée ? Non. La réponse fut nette, calme, sans détour.

Robson expliqua qu’il avait souvent passé du temps dans la chambre de Michael. Ils regardaient des films, jouaient aux jeux vidéo, faisaient des batailles de polochons. Il nia avoir pris une douche avec lui. Il confirma être déjà allé dans le jacuzzi avec Jackson, mais précisa qu’ils portaient des maillots de bain et que rien d’inapproprié ne s’était jamais produit.

Pour la défense, ce témoignage était décisif. L’accusation avait obtenu le droit d’évoquer d’anciens garçons présents dans la vie de Michael Jackson afin de suggérer un schéma. Or l’un de ces garçons venait dire au jury que ce schéma n’existait pas, du moins en ce qui le concernait. Il ne se présentait pas comme une victime silencieuse. Il affirmait au contraire que l’amitié avait été réelle et non abusive.

Ron Zonen tenta de fragiliser son témoignage lors du contre-interrogatoire. Il rappela que Jackson avait aidé Robson dans sa carrière, qu’il l’avait fait apparaître dans certains clips, notamment Black or White. Il suggéra que Robson pouvait avoir des raisons de protéger Michael. Mais Robson ne varia pas. Il reconnut l’aide reçue, l’amitié, les séjours à Neverland, les nuits passées dans la même chambre. Il nia tout comportement déplacé.

Zonen insista, demandant si Michael lui avait déjà montré des gestes de danse suggestifs ou touché le corps de manière ambiguë pendant des chorégraphies. Robson répondit non. Le procureur essaya encore, reformula, revint à la charge. Toujours non.

À mesure que les questions se répétaient, certains jurés semblèrent agacés. Zonen donnait l’impression de vouloir forcer le témoin à dire quelque chose qu’il refusait de dire parce que, selon lui, cela n’avait jamais eu lieu. Robson finit par résumer lui-même la situation : il disait qu’il ne s’était rien passé.

Le moment le plus révélateur survint lorsque Zonen suggéra que, si un geste s’était produit pendant son sommeil alors qu’il était enfant, il n’en aurait peut-être rien su. Robson répondit qu’une chose pareille l’aurait probablement réveillé. La remarque fit réagir plusieurs jurés. Elle ramenait le débat à une forme de bon sens que l’accusation semblait avoir perdue.

Avec Wade Robson, la défense venait de faire entrer une autre réalité dans la salle d’audience. Oui, Michael Jackson avait entretenu des amitiés étroites avec de jeunes garçons. Oui, certains avaient séjourné à Neverland, dormi dans sa chambre, joué avec lui, voyagé dans son univers. Mais l’un de ces garçons, devenu adulte, chorégraphe reconnu, parfaitement capable de parler pour lui-même, affirmait qu’aucun comportement criminel n’avait eu lieu.

L’accusation voulait transformer le passé de Michael Jackson en preuve à charge. Mesereau commençait à le retourner : si ces garçons venaient dire qu’ils n’avaient jamais été victimes, alors les anciens dossiers ne démontraient plus un schéma criminel. Ils démontraient peut-être autre chose : l’étrangeté d’un adulte resté accroché à l’enfance, mais pas nécessairement la culpabilité que le parquet voulait imposer au jury.

Brett Barnes à la barre : “si quelque chose s’était passé, je ne serais pas ici”

Lorsque la défense appela Brett Barnes à témoigner, le visage de Tom Sneddon se figea. Le procureur venait de voir un deuxième jeune homme, après Wade Robson, se présenter volontairement devant le jury pour défendre Michael Jackson. Et pas n’importe quel témoin : un ancien enfant proche de Jackson, cité dans les insinuations d’anciens employés de Neverland, et venu d’Australie pour démentir catégoriquement tout comportement déplacé.

Brett Barnes avait vingt-trois ans. Pour venir témoigner à Santa Maria, il avait quitté son emploi de croupier dans un casino de Melbourne. D’emblée, il identifia Michael Jackson comme l’homme assis à la table de la défense, puis le présenta comme un ami proche, qu’il connaissait depuis l’âge de cinq ans.

Le récit de leur rencontre avait presque quelque chose de romanesque. Enfant, Brett avait écrit avec sa mère une lettre destinée à Michael Jackson. Ils avaient réussi à la remettre à l’un des danseurs de la star dans un aéroport de Melbourne. Peu après, la famille Barnes reçut un appel de Jackson. À partir de ce moment, une relation durable s’installa.

Barnes expliqua avoir visité Neverland pour la première fois en 1991, avec toute sa famille. Il y retourna à de nombreuses reprises, une dizaine de fois au moins, toujours dans un contexte familial. La plupart du temps, il choisissait de dormir dans la chambre de Michael. Il en parlait sans gêne, sans trouble, comme d’un espace ludique où l’on jouait, regardait des films, passait du temps entre enfants, adolescents et proches de Jackson.

Interrogé par Thomas Mesereau, Barnes décrivit la chambre de Michael comme un lieu immense, rempli de jeux vidéo et d’objets amusants. Ce n’était pas, dans son souvenir, un lieu de malaise ou de secret. C’était un refuge d’enfant, un endroit où l’on pouvait oublier les préoccupations du monde adulte.

Puis Mesereau posa les questions que tout le monde attendait. Michael Jackson avait-il déjà eu un comportement sexuel envers lui ? La réponse de Barnes fut immédiate : absolument pas. Jackson l’avait-il déjà touché d’une manière déplacée ? Jamais. Barnes ajouta qu’il n’aurait jamais permis une chose pareille et que, si quelque chose s’était produit, il ne serait pas venu témoigner en faveur de Jackson.

Cette déclaration marqua la salle. Brett Barnes n’était ni hésitant, ni intimidé, ni ambigu. Il était en colère. Il savait que son nom avait été mêlé à des insinuations, notamment par d’anciens employés de Neverland. Il déclara clairement que ces récits étaient faux et qu’il ne supportait pas d’être utilisé dans des rumeurs qui ne correspondaient pas à son expérience.

Barnes raconta que les nuits passées dans la chambre de Michael ressemblaient à des petites fêtes. Sa sœur était souvent là. Macaulay Culkin également. Il cita aussi Levon, Elijah, Frank Cascio, Aldo et Marie Nicole Cascio, ainsi que d’autres membres de l’entourage de Jackson. Il parla de dessins animés, de jeux d’arcade, de manèges, de quads, de motos, de nourriture, de rires. Son Neverland était un lieu d’enfance partagée, pas l’espace fermé décrit par l’accusation.

Il expliqua également que Michael Jackson était resté, au fil des années, un ami proche, presque un membre de la famille. Cette formulation avait du poids : elle ramenait les relations de Jackson avec certains enfants dans une logique affective et familiale, là où l’accusation tentait d’imposer une lecture systématiquement suspecte.

Lorsque Ron Zonen prit le relais pour le contre-interrogatoire, il chercha à rendre cette proximité embarrassante. Il demanda à Barnes combien de fois il avait dormi dans la chambre de Michael, à quel âge, dans quelles circonstances, avec qui. Le procureur voulait transformer un souvenir assumé en aveu gênant. Mais Barnes ne céda pas. Oui, il avait dormi dans la chambre. Oui, cela s’était produit souvent. Non, il n’y avait rien eu d’inapproprié.

Zonen tenta alors de suggérer que Barnes s’était retrouvé seul avec Michael. Le jeune homme corrigea immédiatement : ce n’était pas vrai. Sa sœur, Macaulay Culkin, Levon, Elijah, Frank, Eddie, Dominick, Prince et d’autres personnes étaient présents à différents moments. La chambre de Michael, dans son souvenir, n’était pas un lieu isolé mais un espace traversé par plusieurs enfants, proches et membres de l’entourage.

Le procureur sembla particulièrement surpris lorsque Barnes confirma avoir continué à dormir dans la chambre de Michael jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. Pour Zonen, ce détail paraissait incompréhensible. Pour Barnes, il ne contenait aucune honte. Il n’avait pas le sentiment d’avoir participé à quoi que ce soit de problématique. Il décrivait une relation singulière, certes, mais non criminelle.

Zonen revint ensuite, comme avec Wade Robson, à certains livres trouvés à Neverland, notamment des ouvrages de photographies d’enfants. L’accusation cherchait à associer ces objets à une lecture sombre de l’univers de Jackson. Mais cette stratégie avait déjà montré ses limites. Robson avait affirmé ne jamais avoir vu ces livres auparavant et les avoir trouvés anodins. Avec Barnes, Zonen chercha surtout à provoquer une réaction, à le pousser dans ses retranchements.

Il lui demanda s’il considérait les abus sexuels comme quelque chose de scandaleux. Barnes répondit évidemment que oui. La question suivante, demandant pourquoi cela était scandaleux, fut interrompue par une objection de Mesereau. Le procureur changea alors d’angle et reprit la chronologie, année par année, demandant à Barnes s’il avait dormi dans le lit de Jackson à neuf ans, dix ans, onze ans, douze ans. Barnes répondit qu’il ne pouvait pas se souvenir avec une telle précision de chaque séjour.

Le contre-interrogatoire devint répétitif. Zonen voulait que Barnes admette qu’il aurait dû trouver cette proximité étrange. Mais le témoin ne lui donna pas cette satisfaction. Il expliqua qu’il dormait en pyjama, avec un tee-shirt, et que Michael était habillé de la même manière. Il affirma n’avoir jamais vu de documents pour adultes, n’avoir jamais été exposé à quoi que ce soit d’inapproprié, n’avoir jamais eu de conversation problématique avec Jackson sur le fait de partager une chambre ou un lit.

À mesure que les questions s’accumulaient, l’effet recherché par l’accusation s’inversait. Zonen semblait vouloir faire honte à Brett Barnes. Or le jeune homme ne paraissait ni honteux, ni troublé, ni manipulé. Il semblait surtout agacé que des adultes, des années plus tard, tentent de transformer son enfance en récit de soupçon.

Le seul geste affectueux dont Barnes se souvenait était simple : Michael lui disait qu’il était aimé. Il l’avait déjà embrassé sur la joue ou sur le front. Rien d’autre. Rien qui, selon lui, ait jamais franchi une limite.

Après Wade Robson, le témoignage de Brett Barnes représentait un nouveau revers pour l’accusation. Les procureurs avaient voulu faire entrer dans le procès le passé de Michael Jackson pour montrer un schéma. Mais les jeunes hommes cités dans ce passé venaient, les uns après les autres, expliquer qu’ils n’avaient jamais été victimes de Jackson. Ils reconnaissaient les nuits à Neverland, les séjours dans sa chambre, les jeux, les voyages, l’amitié. Puis ils niaient fermement tout comportement criminel.

Le risque, pour l’accusation, était évident : plus elle insistait sur ces anciens garçons, plus elle donnait à la défense l’occasion de faire comparaître des adultes capables de dire, sous serment, que les insinuations étaient fausses. Brett Barnes ne défendait pas seulement Michael Jackson. Il défendait aussi sa propre histoire contre ceux qui voulaient la réécrire à sa place.

Macaulay Culkin à la barre : l’enfant star qui dégonfla l’un des grands fantasmes du procès

Lorsque Macaulay Culkin arriva au tribunal, vêtu d’un costume noir et d’une chemise blanche sans cravate, l’agitation fut immédiate. À vingt-trois ans, l’ancien enfant prodige de Maman, j’ai raté l’avion fascinait encore. Les journalistes chuchotaient sur son apparence, presque inchangée dans l’imaginaire collectif depuis l’époque où son visage avait envahi les écrans du monde entier. Jusqu’au dernier moment, personne ne savait vraiment s’il viendrait défendre Michael Jackson.

Son témoignage fut pourtant l’un des plus nets de la défense.

Culkin expliqua d’abord au jury qu’il était le parrain de deux des enfants de Michael Jackson. Entre lui et la pop star, dit-il, existait un lien particulier : celui de deux anciens enfants célèbres, projetés trop tôt dans un monde d’adultes, de caméras, de contrats, de solitude et d’attentes impossibles. Michael comprenait cette condition. Il l’avait vécue avant lui, comme Elizabeth Taylor, Liza Minnelli ou Shirley Temple, ces figures d’enfance sacrifiée que Jackson admirait profondément.

Culkin raconta avoir séjourné à Neverland au moins une douzaine de fois entre dix et quatorze ans, souvent avec son petit frère, ses deux sœurs, sa mère et son père. Il présenta Michael Jackson comme un ami de longue date. Leur relation ne s’était pas arrêtée avec l’enfance : l’acteur continua à voir Jackson à l’adolescence, puis à l’âge adulte. Leur dernière rencontre remontait à environ un an avant son témoignage.

Il expliqua aussi avoir passé du temps avec Michael ailleurs qu’à Neverland, notamment dans un appartement de Los Angeles que Jackson utilisait comme refuge. Ils y regardaient des films, dînaient, traînaient ensemble, loin du tumulte. Plus récemment, Culkin disait avoir apprécié de passer du temps avec Michael et ses enfants, à New York, Los Angeles ou Londres. Le tableau était celui d’une amitié durable, pas d’un souvenir enfoui ou honteux.

Puis Thomas Mesereau aborda les accusations formulées par d’anciens employés de Neverland, qui prétendaient que Jackson avait eu envers Culkin un comportement déplacé. La réponse de l’acteur fut catégorique. Il qualifia ces accusations de totalement ridicules. Il expliqua avoir appris leur existence en regardant CNN, après qu’on l’eut appelé pour lui dire que son nom circulait à la télévision. Ce qui le choquait le plus, dit-il, n’était pas seulement que ces récits soient publics, mais que personne, chez les procureurs, n’ait pris la peine de le contacter pour lui demander s’ils étaient vrais.

Mesereau lui demanda clairement si les procureurs avaient tenté de connaître sa version. Culkin répondit non. Lorsqu’il comprit que l’accusation envisageait de soutenir qu’il avait été victime de Michael Jackson, son incrédulité fut visible. Il ne reconnaissait pas son histoire dans le récit qu’on essayait de fabriquer autour de lui.

Il affirma avoir passé du temps avec Michael à Neverland en toute innocence. La famille Culkin avait librement accès à la propriété, y compris à la chambre de Jackson. Il n’y avait pas, selon lui, de secret ni de dissimulation. Les parents entraient et sortaient. Les frères et sœurs étaient là. D’autres enfants aussi. Neverland fonctionnait comme un lieu ouvert, traversé par des familles, des invités, des amis, des cousins, des enfants de passage.

Mesereau l’interrogea sur les gestes affectueux. Michael Jackson l’avait-il déjà pris dans ses bras ? Bien sûr. Culkin l’avait-il déjà pris dans ses bras ? Évidemment. Avait-il jamais perçu ces accolades comme ayant une signification douteuse ? Non. Pour lui, elles étaient semblables aux gestes d’affection échangés avec des amis. Michael prenait aussi dans ses bras sa sœur, ses frères, sa famille. Rien, dans ce cadre, ne lui avait paru suspect.

Culkin déclara n’avoir jamais vu Michael Jackson agir de manière inappropriée avec un enfant. Il se souvenait avoir tourné le clip Black or White avec Jackson et Wade Robson. Il pensait aussi avoir croisé Brett Barnes à Neverland. Dans son souvenir, beaucoup de gens se retrouvaient dans la chambre de Michael pour jouer, regarder des films, discuter, s’endormir ici ou là. Ce n’était pas un huis clos. C’était, à ses yeux, une maison pleine de passages.

Lors du contre-interrogatoire, Ron Zonen tenta de suggérer que Michael Jackson avait acheté l’amitié de Culkin par des cadeaux. L’acteur reconnut avoir reçu une Rolex gravée à son nom, qu’il conservait désormais dans un coffre car elle était trop petite pour lui. Il parla aussi de sorties à Toys “R” Us à Santa Maria, après la fermeture du magasin, afin d’éviter les fans. Jackson achetait des jouets, comme il le faisait souvent avec les enfants qu’il recevait.

Zonen chercha ensuite à interroger Culkin sur la question du lit et de la chambre. L’acteur expliqua que ses parents n’avaient jamais considéré cela comme un problème. Son père entrait parfois tôt le matin dans la chambre de Jackson pour le réveiller et l’emmener faire du cheval. Cette précision affaiblissait encore l’idée d’un espace secret ou interdit aux adultes.

Le procureur lui demanda s’il avait séjourné à Neverland en même temps que Jordan Chandler. Culkin répondit qu’il ne savait pas exactement qui était Jordan Chandler ou, du moins, qu’il n’était pas certain de l’avoir identifié à l’époque. Beaucoup de gens allaient et venaient à Neverland. Il compara la propriété à une porte tournante : personnel, invités, familles, enfants, amis, célébrités. Il rencontrait des gens sans toujours savoir qui ils étaient ni pourquoi ils étaient là.

Lorsqu’on lui demanda s’il avait déjà passé la nuit dans la chambre de Michael en présence d’autres garçons que ses frères, Culkin répondit que oui, parfois. Il évoqua des cousins, des amis de la famille, des enfants venus avec leurs parents. Ils jouaient ensemble et finissaient par s’endormir n’importe où : dans la chambre de Michael, dans le cinéma, ailleurs dans la propriété. Ce témoignage replaçait les nuits à Neverland dans un contexte collectif et désordonné, très éloigné du récit fermé que l’accusation tentait de construire.

Avant même la fin de son passage à la barre, les journalistes se précipitèrent dehors. La présence de Macaulay Culkin était une aubaine médiatique. L’ancien enfant star faisait vendre. Les chaînes voulaient raconter son apparition, son visage, ses liens avec Michael, son aveu d’avoir dormi dans la chambre de Jackson. En revanche, les nuances de son témoignage — son démenti catégorique, l’absence de contact des procureurs, la présence constante de familles, le caractère ouvert de Neverland — furent souvent réduites à quelques formules spectaculaires.

Ce jour-là, pourtant, d’autres témoins avaient apporté des éléments tout aussi importants pour la défense. Avant Culkin, cinq employés de Neverland étaient venus dire qu’ils n’avaient jamais vu Michael Jackson agir de manière déplacée avec des enfants. Joe Marcus, manager du ranch, avait affirmé que les Arvizo semblaient apprécier leur séjour et qu’ils ne s’étaient jamais plaints d’être retenus contre leur volonté lorsqu’il les avait conduits près de Solvang.

Violet Silva, agent de sécurité à Neverland, avait décrit Gavin Arvizo comme agité et Janet comme instable, sujette à des sautes d’humeur. Elle avait raconté plusieurs incidents impliquant Gavin, dont un accident en voiturette de golf avec un véhicule conduit par le petit-fils de Marlon Brando. Elle évoqua aussi un épisode où Gavin aurait conduit un van sans autorisation dans la propriété. Ce détail était capital : un garçon capable de circuler ainsi à Neverland aurait difficilement pu être présenté comme prisonnier d’un domaine dont il ne pouvait s’échapper.

Mais ces éléments passèrent presque inaperçus. Les producteurs de télévision préféraient Macaulay Culkin. Ils voulaient l’enfant star, le nom célèbre, le lien hollywoodien. Les faits précis, les registres de sécurité, les contradictions sur la captivité, les employés du ranch : tout cela pesait moins lourd, dans la logique médiatique, qu’une phrase sur le lit de Michael Jackson.

La machine médiatique fonctionnait à plein régime. Elle retenait le glamour du témoin, la charge émotionnelle du nom, l’imaginaire de Maman, j’ai raté l’avion confronté au procès du roi de la pop. Mais dans la salle d’audience, le témoignage de Culkin avait une portée plus simple et plus forte : l’un des garçons que l’accusation voulait transformer en victime déclarait, sous serment, que les accusations étaient absurdes.

Après Wade Robson et Brett Barnes, Macaulay Culkin venait ajouter une troisième voix adulte au même constat. Oui, il avait connu Michael Jackson enfant. Oui, il avait dormi à Neverland. Oui, il avait partagé son intimité familiale. Non, rien de criminel ne s’était produit. Et personne, dans le camp de l’accusation, n’avait jugé utile de lui demander avant de faire de son nom un instrument à charge.

Mark Geragos, Larry King et le témoignage que le jury n’entendit jamais

Lorsque Mark Geragos ne se présenta pas au tribunal comme prévu, le juge Rodney Melville perdit patience. L’ancien avocat de Michael Jackson, figure médiatique du barreau hollywoodien, avait été cité à comparaître le vendredi 13 mai 2005. La veille, invoquant un problème d’agenda, il avait envoyé un associé à Santa Maria pour demander un report. Le juge refusa tout traitement de faveur : qu’il s’agisse d’un avocat célèbre, d’un shérif, d’un mécanicien ou d’une victime présumée, toute personne citée à comparaître devait obéir à l’ordre de la Cour.

Michael Jackson avait levé le secret professionnel qui le liait à Geragos afin que celui-ci puisse témoigner. L’enjeu était clair : Geragos, qui avait représenté Jackson de février 2003 à avril 2004, pouvait expliquer que la famille Arvizo faisait déjà l’objet de soupçons bien avant l’ouverture du procès. Il pouvait aussi parler du détective privé Brad Miller, engagé pour comprendre qui étaient les Arvizo, ce qu’ils faisaient, qui ils rencontraient et s’ils tentaient de vendre leur histoire ou de consulter des avocats.

Lorsque Geragos arriva finalement à Santa Maria, lunettes de soleil sur le nez, téléphone portable à l’oreille, son entrée eut des airs de scène hollywoodienne. Les médias le connaissaient bien. Depuis des années, il s’était imposé comme l’un de ces avocats de célébrités parfaitement à l’aise avec les caméras, familier de Larry King Live, de Fox News, des plateaux d’analyse criminelle et des dossiers à forte audience. Susan McDougal, Winona Ryder, Scott Peterson : son nom était associé à plusieurs affaires spectaculaires.

À la différence de Thomas Mesereau, dont la force venait d’une forme de gravité et de discrétion, Geragos cultivait une relation étroite avec les médias. Il savait manier la presse, comprenait ses codes, recherchait la visibilité. Son passage à la barre avait donc une double portée : celle d’un ancien avocat de Jackson venant éclairer le dossier, et celle d’un personnage médiatique entrant à son tour dans le théâtre de Santa Maria.

Interrogé par Mesereau, Geragos commença par expliquer qu’il avait entendu parler de Janet Arvizo très tôt, peut-être même avant de connaître précisément le rôle de Gavin. Au début, on lui avait surtout demandé de superviser une éventuelle interview de Michael Jackson pour 60 Minutes. Son rôle devait consister à protéger Jackson, à éviter qu’il ne fasse une déclaration imprudente ou qu’on ne lui pose des questions non autorisées.

Cette interview devait se tenir à Neverland, le 7 février 2003, dans la foulée du scandale provoqué par le documentaire de Martin Bashir. Geragos raconta avoir passé environ douze heures sur place. L’équipe de CBS était venue en force : techniciens, producteurs, dirigeants, dont Jack Sussman. Les Arvizo devaient être présents. Mais après avoir observé la situation, Geragos décida de tout annuler. Il informa Ed Bradley et les producteurs que l’interview ne se ferait pas.

Ce choix était important. Il montrait qu’au tout début de la crise Bashir, l’avocat de Jackson ne cherchait pas à orchestrer une fuite en avant médiatique. Au contraire, il tentait d’empêcher son client de parler dans un contexte explosif.

Geragos expliqua ensuite qu’il s’était concentré sur le documentaire de Bashir et sur les risques juridiques qui entouraient Jackson. À l’époque, on soupçonnait déjà Tom Sneddon de s’intéresser à l’affaire, même si rien n’était encore officiel. L’avocat décida alors de faire enquêter sur les Arvizo. Il avait découvert l’existence de l’affaire J.C. Penney, ce précédent civil embarrassant dans lequel la famille avait obtenu un règlement financier après des accusations contre des agents de sécurité.

Cette découverte l’avait inquiété. Dans le climat médiatique défavorable à Michael Jackson, Geragos craignait que les Arvizo cherchent à exploiter la situation. Il demanda donc à Brad Miller de localiser la famille, de comprendre ce qu’elle faisait, qui elle rencontrait, si elle tentait de négocier avec des tabloïds ou de consulter des avocats. Autrement dit, l’équipe de Jackson ne cherchait pas seulement à contrôler les Arvizo : elle se méfiait déjà d’eux.

Lors de son témoignage, Geragos affirma avoir soupçonné la famille d’être susceptible de vouloir extorquer de l’argent à la star. L’accusation tenta de limiter la portée de ces déclarations, objectant lorsqu’il s’appuyait sur des rumeurs ou des informations indirectes. Mais le message était passé : avant même que les accusations criminelles ne prennent forme, l’avocat de Michael Jackson considérait les Arvizo comme un risque.

Geragos confirma également avoir demandé à Brad Miller d’enregistrer son entretien avec la famille. Il affirma ne pas avoir eu connaissance d’un scénario imposé aux Arvizo pour le droit de réponse vidéo. Il avait demandé à en recevoir une copie, mais le caméraman de Jackson ne la lui avait jamais transmise. Là encore, son témoignage affaiblissait l’idée d’un complot centralisé et maîtrisé par Michael Jackson lui-même.

Quelques jours plus tard, une autre figure médiatique arriva à Santa Maria : Larry King. Le présentateur star de CNN entra au tribunal accompagné de son producteur et de trois avocats, dont Bert Fields, légende du barreau hollywoodien. Son apparition provoqua immédiatement l’agitation des journalistes. Mais son témoignage n’allait finalement jamais parvenir jusqu’au jury.

La défense voulait entendre Larry King sur une conversation qu’il affirmait avoir eue avec Larry Feldman, l’avocat qui avait représenté Jordan Chandler en 1993 et rencontré les Arvizo en 2003. King expliqua connaître Feldman depuis une dizaine d’années et l’avoir déjà reçu dans son émission. Avant le procès Jackson, il avait organisé un déjeuner avec lui chez Nate’n Al’s, à Beverly Hills, un lieu qu’il fréquentait régulièrement.

Selon Larry King, Feldman avait manifesté beaucoup d’intérêt pour son émission. La réunion avait duré environ quarante-cinq minutes. Au cours de cette conversation, Feldman aurait évoqué le dossier Michael Jackson. Il aurait dit que l’affaire Chandler, dix ans plus tôt, était un « très bon dossier ». Mais, au sujet de la nouvelle affaire Arvizo, il aurait eu un jugement radicalement différent.

D’après King, Feldman aurait décrit Janet Arvizo comme « dingue » et aurait dit qu’elle faisait cela pour l’argent. Il aurait expliqué l’avoir rencontrée, ne pas vouloir être son avocat, l’avoir orientée ailleurs et avoir informé les autorités. King précisa que Feldman n’avait pas dit que Janet lui avait explicitement réclamé de l’argent ; il avait dit qu’il pensait qu’elle en voulait. Selon King, Feldman avait répété plusieurs fois qu’elle était « dingue » ou « lunatique ».

Ce témoignage aurait pu être très dommageable pour l’accusation. Feldman avait déjà été présenté au jury comme un avocat sérieux, expérimenté, central dans les affaires Chandler et Arvizo. Si les jurés avaient appris qu’il avait lui-même décrit Janet Arvizo comme instable et motivée par l’argent, cela aurait porté un coup sévère à la crédibilité de l’accusatrice principale.

King ajouta que Feldman semblait vouloir intervenir régulièrement dans son émission pendant le procès. Un producteur devait le rappeler pour organiser sa venue. Mais lorsqu’un appel fut passé quelques jours plus tard, Feldman ne répondit pas. Plus tard, King le croisa dans un restaurant de Los Angeles. À la question « comment allez-vous ? », Feldman aurait simplement répondu : « Quelque chose s’est produit. » Peu après, King apprit dans la presse que Feldman représentait désormais Janet Arvizo.

La défense avait là un élément explosif : l’avocat qui avait renvoyé l’image d’une femme instable et intéressée par l’argent avait ensuite travaillé autour de son dossier. Mais le juge Melville refusa d’autoriser Larry King à témoigner devant le jury. Il estima que les propos rapportés n’étaient pas suffisamment admissibles ou incriminants contre Feldman. L’offre de preuve fut rejetée.

Pour l’accusation, cette décision fut un cadeau. Le jury n’entendrait jamais Larry King raconter que Larry Feldman aurait décrit Janet Arvizo comme une femme « dingue » et « en quête d’argent ». La défense perdait un témoignage susceptible de relier directement les doutes sur Janet à un acteur central du dossier.

Les médias, eux, traitèrent l’épisode avec légèreté. Plutôt que d’insister sur ce que le jury n’avait pas pu entendre, ils qualifièrent les propos de Larry King de ouï-dire. Le contenu de la conversation devint une plaisanterie de coulisses, un détail pour initiés, alors qu’il aurait pu peser lourd dans l’évaluation de la crédibilité de Janet Arvizo.

À ce stade du procès, le contraste était frappant. Mark Geragos avait expliqué que l’équipe de Jackson se méfiait des Arvizo dès le début. Larry King affirmait que Larry Feldman lui-même avait jugé Janet instable et motivée par l’argent. Mais l’un de ces témoignages fut limité, l’autre écarté. Le jury ne vit donc qu’une partie du tableau.

Pour la défense, l’épisode révélait une fois encore la même dynamique : beaucoup d’éléments semblaient pointer vers une famille Arvizo déjà perçue, par plusieurs acteurs extérieurs, comme problématique, intéressée et peu fiable. Mais toutes ces informations ne parvenaient pas toujours jusqu’aux jurés. Dans un procès aussi médiatisé, la vérité ne dépendait pas seulement de ce qui existait. Elle dépendait aussi de ce que la Cour autorisait à être entendu.

Jay Leno à la barre : l’appel que Gavin Arvizo disait ne jamais avoir passé

Lorsque Jay Leno entra dans la salle d’audience, les jurés ne le quittèrent pas des yeux. Le présentateur du Tonight Show, connu depuis des années pour ses plaisanteries visant Michael Jackson, n’était pas venu faire rire. Appelé par la défense, il venait témoigner sur un point précis : les appels qu’il avait reçus de Gavin Arvizo à l’époque où l’enfant se battait contre le cancer.

Mesereau commença par replacer Leno dans un contexte plus large. Depuis des années, l’humoriste participait à des actions caritatives en faveur d’enfants malades, notamment avec des organisations comme Phone Friends ou Make-A-Wish. Il expliqua qu’il appelait régulièrement des enfants hospitalisés, souvent à la demande d’associations reconnues. Certains voulaient simplement lui parler, lui poser des questions sur les célébrités invitées dans son émission, ou recevoir quelques mots d’encouragement. Il leur envoyait parfois des cadeaux, des photos, des casquettes ou des souvenirs du Tonight Show.

Leno décrivit ces gestes avec simplicité. Il n’avait pas de procédure complexe. Lorsqu’un organisme sérieux lui transmettait une demande, il appelait. Parfois, il recevait aussi des demandes plus étranges, moins vérifiables, qu’il traitait avec prudence. L’humoriste expliqua qu’il était relativement accessible par le standard du Tonight Show et plaisanta même sur le fait que, jusqu’à son témoignage, il était encore possible de tomber directement sur lui au téléphone. La salle rit. Michael Jackson, lui, ne riait pas.

Le cœur du témoignage n’était pas là. La défense voulait que le jury entende parler des appels de Gavin Arvizo. Leno se souvenait avoir reçu plusieurs messages de l’enfant vers l’an 2000, à l’époque où Gavin était atteint d’un cancer. Il expliqua avoir ensuite appelé la chambre d’hôpital du garçon, où il avait parlé avec lui, peut-être aussi avec sa mère et son frère.

Ce que Leno retint surtout, c’était le ton des messages laissés par Gavin. Ils lui avaient paru inhabituels. L’enfant se montrait très démonstratif, presque trop pour son âge. Il disait à Jay Leno qu’il était son idole, qu’il était merveilleux, qu’il était le meilleur. Pour l’humoriste, quelque chose sonnait curieusement adulte dans ces messages. Il ne s’agissait pas du ton maladroit et spontané que l’on attend généralement d’un enfant malade appelant une célébrité.

Leno expliqua au jury que les messages semblaient préparés à l’avance. Il avait l’impression d’entendre un discours écrit, travaillé, presque récité. Ce détail avait éveillé sa curiosité. D’ordinaire, disait-il, les enfants qu’il appelait étaient plutôt timides ou difficiles à faire parler. Gavin, lui, lui avait laissé des messages structurés, flatteurs, insistants.

L’humoriste raconta en avoir parlé à Louise Palanker, comédienne liée à la Laugh Factory et proche du cercle ayant aidé les Arvizo. Il lui avait dit que les messages ne semblaient pas venir naturellement d’un enfant de douze ans. Selon lui, on aurait dit un discours préparé. Palanker lui aurait répondu que Gavin voulait devenir acteur ou humoriste, qu’il écrivait ses phrases à l’avance et les lisait ensuite. L’explication avait paru possible à Leno, sans qu’il y réfléchisse davantage à l’époque.

Mais un autre point comptait davantage encore : les appels étaient répétés. Gavin avait laissé plusieurs messages du même type. Leno finit par demander à Louise Palanker de faire cesser ces appels, parce qu’ils revenaient toujours sur le même mode. Là encore, le comportement sortait du schéma habituel : en général, ce n’étaient pas les enfants qui appelaient directement, mais les associations, les parents, les médecins, les infirmières ou les enseignants qui organisaient le contact.

Mesereau chercha à faire préciser si, selon Leno, Gavin avait pu être préparé ou coaché. L’accusation fit objection. Mais la question avait déjà produit son effet. Le jury venait d’entendre un témoin célèbre, extérieur au cercle Jackson, expliquer que les messages de Gavin lui avaient paru anormalement construits pour un enfant de cet âge.

Leno ajouta qu’il se souvenait d’avoir entendu quelqu’un en arrière-plan lors d’un appel, sans pouvoir dire s’il s’agissait de Janet Arvizo, d’une infirmière ou d’une autre personne. Il décrivit sa conversation avec Gavin comme brève : il lui avait demandé comment il allait, l’avait encouragé, lui avait dit de garder le moral. Rien de plus.

Le témoignage avait une portée simple, mais redoutable. À la barre, Gavin Arvizo avait affirmé ne jamais avoir parlé à Jay Leno. Or Leno venait dire l’inverse. Il se souvenait des messages, de l’appel à l’hôpital, du ton étrange de l’enfant, de sa conversation avec Louise Palanker et de sa demande pour que les appels cessent.

Dans un procès où la crédibilité de Gavin était centrale, ce détail comptait. Il ne s’agissait pas seulement de savoir s’il avait parlé ou non à Jay Leno. Il s’agissait de montrer, une fois encore, que certaines affirmations de l’accusateur ne résistaient pas à la confrontation avec des témoins extérieurs. Et cette fois, le témoin n’était ni un employé de Neverland, ni un membre du clan Jackson, ni un ami intime de Michael. C’était Jay Leno, humoriste célèbre, habitué à se moquer de Jackson, venu confirmer un point que Gavin avait nié.

À mesure que Leno parlait, les jurés semblaient se souvenir du témoignage de Gavin. La contradiction était difficile à ignorer. L’enfant qui disait ne jamais avoir parlé à Jay Leno avait, selon Leno lui-même, laissé plusieurs messages et eu au moins une conversation avec lui. La défense venait d’ajouter une pièce supplémentaire à son tableau : celui d’un récit Arvizo instable, mouvant, parfois contredit par les faits les plus simples.